PSG: La Ligue 1 peut remercier Neymar, le Brésil va (peut-être) enfin s'y intéresser grâce à lui

FOOTBALL L’arrivée de Neymar à Paris permet à la Ligue 1 d’avoir une meilleure visibilité au Brésil, où elle a une plutôt mauvaise cote…

William Pereira

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Do Brasil!

Do Brasil! — Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

On ne vous refait pas le dessin. Le PSG tout-puissant, Le trident  Neymar, Cavani et Mbappé, le séduisant Bordeaux de Malcom (et Dewey)... Naturellement classé parmi les belles affiches de Ligue 1, le PSG-Bordeaux de ce week-end vaudra son pesant de cacahuètes et on le suivra d'un oeil attentif. Ca, c'est pour la version française de la chose.

Ailleurs, et notamment au Brésil, premier foyer de supporters du PSG à l’étranger, ce n’est pas tout à fait pareil. Il s’agit au mieux d’un match du Paris de Neymar contre une bonne équipe locale. « Là-bas, les gens connaissent Lyon, Saint-Etienne et Marseille et encore, pas au même point que l’Atlético Madrid ou le Borussia Dortmund par exemple. Pour le moment, l’engouement concerne plus le PSG et Neymar. Là où est Neymar, c’est intéressant pour le spectateur brésilien », contextualise Isabela Pagliari, correspondante à Paris pour la chaîne Esporte Interativo.

« Pour le reste, le championnat français est jugé très faible, peu attractif et peu intéressant au Brésil », ajoute-t-elle. Moins virulent, Andrei Netto, correspondant à Paris pour O Estado de São Paulo, estime que « la Ligue 1 a la réputation » de n’être qu’un « championnat intermédiaire, un tremplin pour les joueurs prometteurs » Aie. Douloureux constat. Vexant, même. Tellement qu’on serait tenté de demander à nos amis brésiliens de se regarder dans la glace avant de se moquer de nous.

Sur Twitter, on ne se bouscule pas pour prendre des nouvelles de la L1
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« On ne voit pas énormément de choses innovantes et spectaculaires »

Mais mettons notre orgueil de côté. Selon Muricy Ramalho, ancien coach de Santos et São Paulo, entre autres, c’est surtout parce que notre vision du football ne colle pas forcément au foot-spectacle brésilien que le spectateur s’ennuie dans notre L1.

« Le problème du championnat français même si ça commence à changer, c’est qu’on a l’impression que tout le monde joue de la même manière, les équipes présentent un schéma tactique similaire… On ne voit pas énormément de choses innovantes, spectaculaires, il y a peu de dribbles, on a l’impression de voir tout le temps la même chose. Il est très tactique, et étant très tactique il en devient un peu ennuyeux. »

>> A lire aussi : Muricy Ramalho (ex-coach de Santos): «Neymar aime devoir prendre les choses en main sur le terrain»

Culturellement, il ne faut pas non plus oublier que la Ligue 1 est, avec l’Angleterre, le grand championnat européen avec lequel l’Amérique du Sud dans son ensemble à le moins d’affinités. C’est une question d’habitude. Le célèbre consultant de beIN Sports, Omar da Fonseca, confirme.

C’est une question de tradition. Depuis des années et des années on a toujours regardé l’Italie, l’Espagne et un peu l’Allemagne. Les Anglais, on n’aime pas leur football et le foot français, il y a zéro visibilité. »

Problème (ou pas d’ailleurs), le football est très attaché à ses traditions. Il est par essence conservateur. Pour aller à l’encontre des coutumes sud-américaines, il fallait une révolution. Heureusement pour le football français, elle est arrivée en deux temps.

  1. Via l’arrivée de la colonie brésilienne (Thiago Silva, Marquinhos, Lucas, etc.) à Paris
  2. Grâce à un été 2017 lunaire et les signatures de Dani Alves mais surtout Neymar au PSG.

Evidemment, le club parisien en est le principal bénéficiaire, mais le joueur le plus cher du monde n’a-t-il déjà pas permis à une ville bretonne de 26.000 habitants de se faire connaître du peuple brésilien ? Isabella Pagliari :

Pour les premiers pas de Neymar à Guingamp, TV Globo a interrompu la diffusion d’un match brésilien pour montrer des images du match de Paris. C’était pareil à Toulouse. Ils ont ensuite montré ses dribbles, ses gestes techniques. »

Point métaphore sur l’univers de J.R.R.Tolkien : Neymar est l’anneau unique, la Ligue 1 Frodon Saquet et l’œil de Sauron (le spectateur brésilien) ne le lâchent désormais plus d’une semelle. Muricy Ramalho, qui de son propre aveu ne suivait « pas trop la Ligue 1 » va désormais s’y mettre « plus que jamais et y être extrêmement attentif. L’arrivée de Neymar au PSG change tout. On comprend maintenant que le championnat français va devenir important. »

Avec Neymar, une Ligue 1 plus « samba » ?

Les effets de son arrivée se font donc déjà sentir outre-Atlantique : le temps d’antenne consacré à la L1 augmente et les correspondants en France travaillent de plus en plus au fur et à mesure que la curiosité pour le foot hexagonal croît. Andrei Netto :

Il y a une réelle curiosité autour de cette Ligue 1, une envie de comprendre pourquoi la France, qui est un grand pays, qui a une grande culture sportive, qui aime certes moins le football que le Brésil mais dispose tout de même de l’une des meilleures équipes nationales au monde, possède un championnat qui n’est que le cinquième meilleur en Europe. »

Ramalho regarde encore plus loin à l’horizon et voit dans l’arrivée de Neymar le début d’un cycle vertueux pour le football français. « Avec lui, la France va redécouvrir le spectacle qu’il avait vu avec Ronaldinho à l’époque. Le spectacle fait partie du football et je pense que Neymar, par ses gestes techniques, par son sens du spectacle va donner envie aux autres attaquants de Ligue 1 de faire le show, de tenter des dribbles pour se mettre en avant », expose-t-il. Et donc de plaire aux Brésiliens, friands de gestes fantasques et autres sucreries en tout genre. A moins que Neymar n’engendre malgré lui une génération de bouchers motivés à l’idée de le détruire. Moins sexy.