Présidentielle américaine 2016: Faut-il savoir jouer au golf pour être élu président ?

ELECTION Les deux sont souvent liés, et sur ce terrain, c’est Trump qui gagne…

Julien Laloye

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Donald Trump regarde sereinement la vie, le 27 juin 2012 à Bethesda.
Donald Trump regarde sereinement la vie, le 27 juin 2012 à Bethesda. — Patrick Semansky/AP/SIPA

Quand on aborde les élections présidentielles américaines, il y a des vérités statistiques indémodables. La plus répandue ? « Celui qui gagne l’Ohio remporte la Maison-Blanche », qui devance de peu le non moins fameux « Celui qui aura le vote latino aura la présidence ». Il est pourtant une autre évidence qu’on oublie trop souvent de mentionner : impossible d’être président des Etats-Unis sans avoir un handicap acceptable au golf. Là-bas, c’est presque un domaine de recherche. Il existe une tripotée de bouquins sur le sujet, et chaque président qui se respecte a droit à son anecdote personnalisée.

>> A lire aussi : Clinton vs Trump: Au fait, comment ça marche la présidentielle américaine?

  • Roosevelt était champion de son club avant de contracter la polio
  • Eisenhower a carrément fait installer un green dans les jardins de la Maison Blanche
  • Kennedy jouait en cachette parce que ce n’était pas un loisir de candidat démocrate à la fonction suprême
  • Reagan tapait quelques balles à bord d’Air Force One pendant les vols longue durée
  • Bush senior jouait en un temps record, Bush junior a mis sa passion de côté le temps de la guerre en Irak avant de créer un tournoi pour les vétérans
  • Obama est devenu le premier président gaucher à pratiquer le golf, son deuxième sport de prédilection après le basket

 

Selon le site de la PGA (l’équivalent de l’ATP pour le tennis), qui s’est amusé à fouiller dans les élections passées, les candidats « non-golfeurs » restent sur une série de 9 défaites consécutives, depuis la victoire de Jimmy Carter en 1976.

Les présidents américains et le golf.
Les présidents américains et le golf. - Capture d'écran/PGA.com

C’est d’autant plus intéressant que dans le cas qui nous occupe, la ligne de démarcation est limpide. Hillary Clinton n’est qu’une joueuse très occasionnelle, au contraire de son mari (on y reviendra), alors que Trump est peut-être le meilleur golfeur ever à s’être retrouvé aussi proche du trône. Si l’on en croit ce qu’on trouve sur les Internets, on parle d’un joueur de handicap 3 ou 4 (pas mal du tout), pas très esthétique mais diablement efficace. « Je suis le meilleur putter du monde, j’aurais pu faire une carrière pro », plaisante à moitié l’olibrius, qui est un propriétaire encore plus côté.

On compte en effet 17 « Trump golf » à travers le monde, de Dubaï jusqu’à Los Angeles, et inutile de préciser que c’est salaire mensuel à deux chiffres obligatoire pour quiconque veut y mettre les pieds. Bill Clinton y possède d’ailleurs un casier à son nom dans l’un d’entre eux, près de New-York, et c’est comme ça que le golf a fait son entrée dans la campagne. Le clan du milliardaire américain n’a pas été long à exhumer les vieilles photos d’une amitié virile entre Bill et Donald, forgée sur les parcours de golf.

Confidence de Trump tirée d’un article récent du New York Magazine : « Bill Clinton est un joueur de talent. Mais il aime un peu trop les Mulligans [le fait de pouvoir rejouer un coup raté sans pénalité, ndlr]. Quand il rate un coup, il veut avoir une autre chance de réussir, comme dans la vie. »

Comprendre que Bill n’avait rien contre une petite tricherie de temps en temps, comme Trump, et c’est une manière de connaître le personnage. « Quand il s’agit de tricher, Trump est un champion,je lui mets 11 sur une échelle de dix », raconte Rick Reilly, un ancien caddy qui a joué avec nombre de personnalités, dont ce bon Donald.

Hillary Clinton n’a pas attaqué son adversaire sur ses petits arrangements avec sa conscience de golfeur amateur, mais elle n’a pas manqué de surfer sur les boules puantes de l’actualité. La semaine passée, elle a évoqué le cas d’un ancien employé d’un des golfs de Trump, qui poursuit son ancien employeur pour l’avoir mis dehors car il avait révélé son homosexualité à ses collègues.

Dans la même veine, plusieurs voix se sont élevées pour que le US Women Open de golf, le tournoi féminin le plus important de l’année, n’ait pas lieu sur un des parcours appartenant à Trump, comme c’est le cas habituellement, en raison des remarques déplacées du candidat républicain sur les femmes. Le monde du golf, lui, préfère rouler pour Trump, à une écrasante majorité.

Selon le sondage annuel effectué en mai dernier par Sports Illustrated auprès de plus de 150 joueurs du circuit professionnel, seuls 23 % des sondés envisageaient de voter Clinton, alors qu’ils étaient 34 % à soutenir Trump lors des primaires républicaines. « Je ne voterais pas pour Clinton même si c’était la dernière personne vivante sur terre » a même répondu un joueur sous le sceau de l’anonymat. Que l’ex-sénatrice de New-York se rassure, les golfeurs n’ont jamais aimé les démocrates. Mais les démocrates qui ont gagné, eux, ont toujours adoré ce sport.