Si le Barça dégringole, c'est surtout à cause de Periscope

FOOTBALL Le club catalan va mal et s’inquiète de plus en plus de l’activité de certains de ses joueurs sur Internet…

Nicolas Camus

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Gerard Piqué commence à agacer ses dirigeants avec ses nombreux Periscope sur la vie du vestiaire barcelonais.
Gerard Piqué commence à agacer ses dirigeants avec ses nombreux Periscope sur la vie du vestiaire barcelonais. — Bagu Blanco/BPI/Shutter/SIPA

Celle-là, vraiment, elle n’est pas passée. Vendredi, deux jours aprèsl’élimination du Barça en quarts de finale de Ligue des champions par l’Atletico Madrid, Dani Alves a publié sur son compte Instagram une vidéo complètement farfelue. Perruque sur la tête, le latéral brésilien imite sa femme le réconfortant : « Ce n’est qu’un match de football, ce n’est pas grave, la vie continue ».

Si le fond du message n’est pas complètement faux, la forme, très légère, semble plutôt malvenue, alors que le club est dans le creux de la vague. Sorti en C1, il s’est fait rejoindre en tête de la Liga par l’Atletico après trois défaites de rang, ce qui ne lui était plus arrivé depuis février 2003. Le déplacement à La Corogne mercredi soir (20h) pourrait faire la bascule à quatre journées de la fin.

Autant dire que le vestiaire n’a pas vraiment apprécié la vidéo d’Alves. Ses dirigeants non plus. C’est que ça commence à faire beaucoup avec les réseaux sociaux. Ils ont déjàle cas Piqué sur les bras. Depuis plusieurs semaines, Monsieur Shakira est plus inspiré sur Periscope que dans ses interventions défensives. Avec ces petites pastilles prises en direct dans l’avion des Catalans ou après les entraînements, les internautes peuvent ainsi apprendre que Suarez est surnommé « le gros », que Messi n’est pas très porté sur les chiffres ou que son statut de remplaçant n’a pas fait perdre son humour à Vidal.

Pique, passion Periscope.
Pique, passion Periscope. - Capture d'écran Twitter

Une plongée dans l’intimité du groupe qui lui avait valu la colère de Messi, qui lui avait demandé « d’arrêter ces conneries ». Il y a un mois, les responsables catalans ont contacté l’agent de Piqué pour lui demander de surveiller l’activité numérique de son protégé. Selon El Mundo Deportivo, ils auraient également sollicité la Ligue espagnole afin qu’elle réfléchisse à une réglementation encadrant l’utilisation des réseaux sociaux.

Si les pontes du Barça en arrivent à ces extrémités, c’est bien que les conséquences sur les résultats se font directement sentir. Il n’y a rien de plus fragile qu’un vestiaire de foot, et les réseaux sociaux ont un pouvoir de déstabilisation. Sébastien Bellencontre est le fondateur de 4Success, une agence spécialisée dans la communication des sportifs. Il s’occupe notamment de Griezmann et des comptes de joueurs comme Vercoutre ou Réveillère.

  • « Clairement, l’impact est énorme. Dans le football comme dans le reste, d’ailleurs. Les réseaux sociaux peuvent perturber n’importe quelle relation humaine. Il n’y a pas de filtre, c’est visible par tout le monde. C’est un outil merveilleusement puissant mais du coup extrêmement dangereux. C’est hyperintéressant quand on a des choses à dire, mais il faut conscient des conséquences ».


Piqué ne fait pas non plus du Aurier avec ses vidéos Periscope, on est d’accord, mais cela n’empêche pas les problèmes. Les joueurs ont beau se supporter, voire s’apprécier, ils restent des petits êtres avec leur caractère bien à eux.

  • « Il le fait avec du second degré, pour être marrant, mais ça peut ne pas passer selon les personnalités. Un vestiaire est composé de mecs très différents. On ne peut pas anticiper leur réaction, savoir comment ils vont interpréter les choses ».


Ses coéquipiers sont une chose, le club en est une autre. Comme chaque institution qui se respecte, le Barça a une idée bien précise de l’image qu’elle souhaite renvoyée. Ses joueurs, des stars, ont une base de fans énorme (12.3 millions de followers sur Twitter pour Pique, 9.1 millions sur Instagram pour Alves par exemple), qui préfère la communication moins lisse de leurs idoles.

  • « Il faut prendre le problème à bras-le-corps, et vite, car les problèmes de ce genre vont se multiplier. Il faut mettre un cadre. Après, les clubs ont aussi intérêt à faire de la prévention. On fait du "media training", pourquoi ne pas faire du "social media training". Notamment dans les centres de formation, au même titre que les cours de Français ou de maths ».


Ce dernier point fait pourrait faire partie des réflexions du Barça, qui cherche un moyen d’endiguer le tsunami digital pour retrouver un peu de sérénité. Le club catalan n’est sans doute pas le seul, n’est-ce pas Nasser ?