Open d’Australie : Adieu Lleyton Hewitt, tu vas drôlement nous manquer

TENNIS L’Australien a disputé à 35 ans le dernier match de sa carrière à Mebourne…

Julien Laloye

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Lleyton Hewitt, le 2à janvier 2016 à Melbourne.
Lleyton Hewitt, le 2à janvier 2016 à Melbourne. — Ella Ling/BPI/Shutterst/SIPA

« Lleyton était mon idole. Il y a sept ans, je lui avais demandé de signer un autographe sur un de mes tee-shirts. Depuis, le garde précieusement chez moi ». David Ferrer n’était pas la star de la journée, mais c’est lui qui a mis les mots les plus justes sur l’émotion qui a gagné Melbourne et tout le circuit ATP après le dernier match en carrière d’Hewitt. L’Australien aurait sans doute aimé offrir à son public une dernière empoignade en cinq sets, mais à 35 ans, ses jambes ne tricotent plus aussi vite que celles de l’Espagnol (6-2, 6-4, 6-4). Ce n’est pas une raison pour ne lui rendre l’hommage qu’il mérite. Papier avec plein d’amour dedans.

C’est le dernier n° 1 mondial encore humain

Le service ? banal. Le coup droit ? Mollasson. Le revers ? Potable sans plus. La volée ? Lol. Lleyton Hewitt a réussi à tenir 80 semaines à la place de numéro1 mondial sans aucun coup fort, si ce n’est son mental de guerrier légendaire. Il a écrabouillé un Sampras vieillissant pour sa première finale de Grand Chelem et il a fait pleurer Federer des années. Hewitt est le trait d’union entre deux générations monstrueuses (Agassi/Sampras versus Federer/Nadal/Djokovic). Avec lui, on avait l’impression qu’un Français pouvait claquer un Grand Chelem, c’est dire.

Il est resté habillé dans les années 90

Le petit plus de Lleyton, c’est son look de surfeur australien équipé par Rip Curl depuis qu’il est né. Comme si le type était resté bloqué dans la série Alerte à Malibu pendant qu’une Pamela Anderson aux seins déglonflés court le monde pour sauver les oies sauvages. L’Australien n’a jamais renié la ringardise incarnée de la casquette à l’envers, un sale tic dont même Richard Gasquet a fini par se débarrasser. L’histoire retiendra qu’il aura bouclé sa carrière avec un tee-shirt aux couleurs rappelant vaguement le drapeau américain qui n’aurait pas fait tache dans Die Hard Trilogy.

Yeeeeeeeeeeees je sais où j’ai mis ma planche de surf !

On pouvait le détester tranquille

Avec le temps va tout s’en va, chantait Léo Ferré, et surtout les mauvais souvenirs. Il faut rappeler qu’à son meilleur, Hewitt était un peu près aussi bien considéré qu’un Chris Froome se faisant cracher dessus sur les routes du Tour. Le monde se liguait pour vomir sur son jeu défensif et son arrogance d’adolescent, pendant que les suiveurs s’arrachaient les cheveux pour gratter une interview du boss du circuit, notoirement dédaigneux avec la profession. Bref, il jouait le rôle du méchant à la perfection, quand aujourd’hui, c’est concours de bisounours entre Federer, Djoko, et Nadal. Beurk.

C’était un chien galeux sur le terrain

Une statistique raconte mieux Lleyton Hewitt que tout ce qu’on pourrait écrire. Il quitte le circuit après…. 57 matchs en cinq sets, deuxième bilan de l’ère Open sur les matchs au long court derrière la brute épaisse Ivan Lendl. Son taux de réussite dans l’exercice est tout juste positif, mais au fond, qu’importe. Ce qu’on emporte avec nous, à la fin, c’est moins le vainqueur que l’émotion d’un thriller interminable en cinq sets. Andy Murray a même appelé son chien « Rusty » (rouillé), le surnom de l’Australien, pour célébrer le plus grand combattant de ce sport avant Nadal.

Il n’a pas arrêté parce qu’il était à la rue

S’il n’a gagné que deux Grands Chelems (US Open 2011 et Wimbledon 2002), Lleyton Hewitt peut se vanter de posséder un record qu’on ne lui enlèvera pas de sitôt. Il est le plus jeune numéro 1 mondial de l’histoire de ce jeu, à 20 ans et huit mois. Arrivé au sommet si tôt, il aurait pu gentiment se garer sur le côté après avoir constaté qu’il n’était pas armé pour briller dans le tennis des années Nadal et Federer (aucune qualification au Masters depuis 2004). Mais il a continué à s’accrocher, à son niveau, loin des cadors qu’il fut en son temps. Respect.

Il nous rappelle qu’un jour on savait gagner la Coupe Davis

A l’heure où le tennis français s’en remet au grand magicien Noah pour sortir des marais dans lesquels ses mousquetaires sont englués, la retraite de Hewitt fait remonter à la surface les heures glorieuses de campagnes de Coupe Davis réussies. En 1999, Hewitt, encore vert, avait été le seul à céder un point face à Cédric Pioline lors de la finale de Nice. En 2001, alors au sommet de son art, il avait demandé grâce contre Escudé après un match en cinq sets pour la postérité. C’était le bon temps.