Natation: l’après-midi des seconds couteaux

Stéphane Alliès

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Le nageur Alain Bernard, à l'Open de Paris, le 3 août 2007.
Le nageur Alain Bernard, à l'Open de Paris, le 3 août 2007. — Reuters

Coup de David pour Maître. Lors de la deuxième journée de l’Open de Paris de natation, le sprinter français a été la sensation de ce vendredi. Suppléant un Alain Bernard défaillant et éliminé de la finale du 50m nage libre (très déçu, il dira: «Je ne comprends pas»), l’Ivryen a réalisé son meilleur temps en 22”22, terminant deuxième d’une course relevée et remportée par le Suédois Stefan Nystrand en 21’93. «Je ne donnais pas cher de ma peau avant la course, et voilà que j’entre dans le Top 8 mondial», rigole le gaillard à la barbichette étudiée. «Je pars en vacances serein et c’est bien la première fois de ma carrière! Devant notre public, j’avais peur d’être un veau. Et finalement, je ne pouvais pas rêver mieux.»

«J'ai besoin de vacances»

L’enthousiasme de Maître fait plaisir à voir. Surtout après l’apparition furtive de Laure Manaudou. En difficulté dans la finale du 100m, où elle a oublié de saluer un public venu surtout pour elle au Pré-Catelan, la Française a été malmenée. Parvenant à arracher la première place ex-aequo avec l’Ukrainienne Iryna Amshenikova, en 1’01”46 (loin de son record d’Europe en 59’87), Manaudou est visiblement lassée: «Je n’avais plus de bras, plus de jambes et j’ai eu beaucoup de mal. J’ai besoin de vacances», a-t-elle soupirée. Frustrée de ne pas être au top devant son public? «Non, car je ne me suis pas entraînée pour briller à cette compétition, je suis juste fatiguée.» Refusant les sollicitations médiatiques diverses (au grand dam des divers médias), elle a trimballé la moue triste de ceux qui ont besoin d’un gros câlin, laissant même penser qu’elle ne courrait pas le 200m dimanche. Mais est-elle vraiment contente de renager à Paris? La question, devenue un gimmick tant elle ne supporte plus qu’on la lui ait posée «dix mille fois», lui fait esquisser un sourire. «Ouiiiiiiiiiiii.» Ouf, elle a encore le sens de l’humour.

Popchanka en apprentissage rapide, Hugues Duboscq plus drôle que Frank

Le coup de mou des deux porte-étendards de la nage française a laissé le champ libre aux seconds rôles. Imitant la performance de David Maître, Alena Popchanka a, elle aussi, signé son meilleur temps sur 100m nage libre en 54”60. Deuxième (derrière l’Allemande recordwoman du monde Britta Steffen en 53”80 et devant Céline Couderc sixième en 55”66), la nageuse d’origine biélorusse nage plus vite qu’elle n’apprend le français. «Contente car meilleur temps. Pensais approcher Allemagne mais deuxième 50 mètres trop vite.» Que pense-t-elle des course de Manaudou? «Pas surprise. Pense elle fait break. Moi beaucoup moins coupé et, avec entraîneur, décidé de arrêter seulement après Open. Mais elle super.»

Dans un autre style, outre les troisième et quatrième places de Sophie Huber (sur 800m nage libre, 8’33”45) et Malia Metella (sur 50m papillon, en 27”10), on retiendra la classe toute naturelle de Fabien Duboscq, dans la verdure du Bois de Boulogne. En brasse au pays de la passe (sublimes petits chemins qui mènent à la piscine du Racing, où les «Gringo, gringo» de prostitué(e)s égayent le trajet pédestre), il a bouclé son 100m en 1’01”52. Temps moyen qui le voit terminer cinquième, après avoir viré en tête, mais ce n’est pas l’essentiel. Le pensionnaire du Havre a enchanté le journaliste désœuvré par la journée moyenne des Tricolores. «Vous avez pas une paire de poumon en rab?», demande-t-il d’emblée au sortir du bassin. «Niveau nage, ça va, mais j’ai chopé la crève en allant en tournée à Pékin. J’espère ramener autre chose l’an prochain. C’est con, je voulais faire un truc devant notre public. Pour une fois qu’on a l’occase de nager en meeting en France… J’étais parti fort (il vire en tête à mi-course), mais la chaudière n’a pas tenu.» Marquée par les blessures et les contre-performances, la saison est-elle à oublier? «Sûrement pas, c’est justement parce que ça n’a pas marché qu’il faut bien y repenser. Le temps de la reconstruction commence», lance-t-il conquérant, ne regrettant pas d’avoir défilé sur les Champs-Elysées le 14 juillet, «avec les sportifs de la Défense, c’était pas mal de mettre un costume de gendarme»…