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Shakhtar-PSG: Comment le club de Donetsk continue de jouer au foot malgré la guerre

Shakhtar-PSG: Comment le club de Donetsk continue de jouer au foot malgré la guerre

LIGUE DES CHAMPIONSLe Shakhtar survit péniblement à plus de 1.000 km de sa ville, son stade et ses supporters...
Nicolas Camus

Nicolas Camus

De notre envoyé spécial à Lviv (Ukraine),

L’éclat de la Donbass Arena est bien loin. Le stade ultra-moderne de Donetsk à 300.000 euros financé par Rinat Akhmetov, inauguré en 2009, est ce qui se fait de mieux en Ukraine. Voire dans toute l’Europe de l’est. C’est que le richissime président du Shakhtar voulait un écrin à la mesure des grandes ambitions européennes imaginées pour son club.

La Donbass Arena, à Donetsk, le 6 juin 2011. - Efrem Lukatsky/AP/SIPA

Depuis plus d’un an, pourtant, ce n’est plus là que l’équipe de Mircea Lucescu évolue mais à Lviv, une ville située à 1.200 km à l’ouest. Les combats auxquels se livrent les séparatistes pro-russes et l’armée régulière dans tout l’est ukrainien depuis février 2014 ont fait du donbass une zone de guerre civile. Evidemment, le football n’y a plus sa place, et la Donbass Arena a même été détruite en partie par des bombardements il y a un an. Le centre d’entraînement a lui été entièrement démoli.

Crédit Eurosport

Il a donc fallu que le club s’organise pour survivre. La semaine, les entraînements se font à Kiev, où tout le monde a rapatrié sa famille. Les jours de matchs « à domicile », il faut prendre l’avion pour rallier Lviv, à 500 km de là, tout près de la frontière polonaise. « C’est très difficile, reconnaît Mircea Lucescu. On n’a pas assez de terrains d’entraînements, on n’a plus d’infrastructures permettant une récupération de haut niveau. On fait de notre mieux pour rester un club important en Ukraine et en Europe, mais ce n’est pas facile de jouer tous nos matchs comme à l’extérieur, sans nos supporters. »



Si le stade Lviv, qui compte 35.000 places, a affiché presque complet lors des matchs qualificatifs à la Ligue des champions, c’est avant tout grâce aux habitants de la ville, attirés par les belles affiches. Seuls quelque 1.000 fidèles de Donetsk sont encore là. D’abord à cause du temps et des coûts de transport, et puis comme nous l’expliquait Ronan Evain, spécialiste du supportérisme dans l’espace post-soviétique, « beaucoup se sont engagés de manière très active dans l’armée ou des groupes para-militaires » et ont donc abandonné leurs habits de supporters pour de plus grandes causes.

>> A lire : « Ne pas organiser de déplacement pour les supporters est une fuite en avant »

Joueurs et membres de l’encadrement du Shakhtar ne perdent toutefois pas espoir. Petite lueur, la Donbass Arena a été réparée. « On a des gens qui s’occupent de remettre le stade en bon état et de l’entretenir, assure le coach roumain. On pourrait y jouer demain. » A condition que le cessez-le-feu signé en février dernier soit respecté, ce qui n’est pas encore le cas dans un conflit qui a déjà fait plus de 6.000 morts.

Une femme constate les dégâts dans ce qui reste de sa maison après une nouvelle série de bombardements à Donetsk, le 1er août 2015. - CHINE NOUVELLE/SIPA

C’est dans ce contexte que le Shakhtar reçoit le PSG, mercredi soir, pour le deuxième match de poules de la Ligue des champions. Les Parisiens, à l’image de leur entraîneur, en ont bien conscience mais préfèrent ne pas trop y penser. « C’est difficile pour nous d’en parler. On n’est pas au courant de tout, même si on suit les informations », explique Laurent Blanc, qui se souvient que son équipe de France était basée à Donetsk lors de l’Euro 2012.

« L’environnement n’est pas celui qu’il devrait être, mais nous, on est venu ici pour gagner un match de Ligue des champions. C’est basique, mais c’est comme ça, ajoute le coach parisien. Des fois il vaut mieux faire abstraction. Concentrons nous sur notre match, et après chacun retournera à ses occupations. La vie est ainsi faite. » En espérant que ce ne soit pas la dernière fois qu’un club français ait à se déplacer pour affronter le Shakhtar, menacé de disparition si le conflit se poursuit encore et toujours.