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Coupe du monde de rugby: Arrêtez de vous énerver contre l'arbitre et sa vidéo, il a souvent raison

Coupe du monde de rugby: Arrêtez de vous énerver contre l'arbitre et sa vidéo, il a souvent raison

RUGBYLe sujet fait beaucoup parler depuis le début du Mondial...
Romain Baheux

Romain Baheux

De notre envoyé spécial à Croydon (Angleterre),

C’est l’histoire d’un mec qui se sert d’un écran incendié par d’autres mecs derrière leur écran. Depuis le début de la Coupe du monde de rugby, le recours très fréquent au vidéo-arbitrage irrite pas mal de monde (peut-être vous d’ailleurs). Mais cette frustration est-elle légitime ? Explications via un petit tour des phrases les plus entendues lors des différents matchs.

« Mais pourquoi il demande, c’est clair non ? »

Pour vous oui. Pour lui, un peu moins. Un terrain de rugby, c’est trente joueurs, des phases de jeu denses et parfois très longues. Surtout, les arbitres sont sommés de se servir de la vidéo au moindre doute. Conscients que cela pèse dans leur évaluation finale, la plupart préfèrent jouer la sécurité. Au risque de se faire pourrir par le public, comme le pauvre Glen Jackson lors de la rencontre entre le Canada et l’Irlande samedi, coupable d’avoir juste voulu vérifier la validité de l’essai de Sexton (à partir de 1’20 dans la vidéo).



« Il vaut mieux sécuriser en cas d’hésitation, nous expliquait avant le début de la compétition Pascal Gaüzere, l’un des quatre sifflets français retenus pour le Mondial. Si on ne le fait pas et qu’on rate quelque chose, on nous reprochera toujours de ne pas l’avoir utilisée. »

« Plus un essai sans que l’arbitre fasse appel à la vidéo à présent. Et je parle pas des actions dans le jeu courant. — ▶ Guy Moux ◀ (@Guy_Moux) September 20, 2015 »

Et pas que leurs boss. Il y a une semaine, l’entraîneur de Clermont Franck Azéma avait poussé sa gueulante, mécontent que la vidéo ne soit pas utilisée pour sanctionner ce qu’il lui semblait être des faits d’antijeu de Bordeaux-Bègles. « Il y a trois arbitres de champ, un arbitre vidéo et derrière je ne vois rien apparaître, s’était-il emporté. Ça fout un peu les glandes. »

Allez aussi en parler aux supporters toulonnais, frustrés de leur demi-finale perdue contre Clermont et l’essai accordé à Zirakashvili sans arbitrage vidéo (à regarder à partir de 16'). Ou encore au sélectionneur Stuart Lancaster, remonté par l’oubli d’un arbitrage-vidéo lors d’un test-match contre la Nouvelle-Zélande à l’automne.



Alors oui, la technologie n’empêche pas les erreurs mais admettez qu’il est difficile d’en vouloir à quelqu’un de limiter les risques via un outil mis à sa disposition. Pour les aider, le World Rugby a ainsi investi dans le précis dispositif Hawk-Eye, déjà utilisé au tennis, pour cette Coupe du monde.

« On accorde un essai puis on le refuse à cause de l’écran, c’est n’importe quoi »

Non, c’est logique. Depuis le début du Mondial, deux essais ont été validés puis finalement refusés grâce à l’écran géant. Un premier des Fidji lors du match d’ouverture contre le XV de la Rose vendredi et un second samedi lors de la victoire des Bleus sur l’Italie.

L’essai fidjien a été refusé pour un en-avant sur la ligne/DR

Dans les deux cas, la décision des arbitres Jaco Peyper et Craig Joubert, qui n’avaient initialement pas vu les en-avant de Matawalu et Nakaitaci, peut sembler injuste. Dans les faits, elle est complètement appropriée puisqu’ils avaient le droit de redemander la vidéo jusqu’à la tentative de transformation, comme l’explique le règlement ci-dessous. Le ralenti les a juste très fortement incités à demander la vidéo (pour une seconde fois pour le même essai dans le cas de France-Italie).


« Tu te dis que Fred [Michalak, le buteur des Bleus] aurait dû vite tirer après l’essai, rit Philippe Saint-André. Maintenant, ce sont les règles, c’est propre et limpide, on a été prévenu lors d’une réunion avec le patron des arbitres. »

Sachez que le principe de l’implication de l’écran géant est questionné et pas juste par des piliers de comptoir. « Que se serait-il passé si le ralenti avait diffusé l’action juste après la transformation ? » s’interrogeait l’ancien sélectionneur anglais Clive Woodward après le match d’ouverture. « Ca m’ennuie que les réalisateurs de la télévision puissent influencer un arbitre », s’était aussi agacé le sélectionneur des All Blacks Steve Hansen en novembre. Des arguments qui se tiennent.

« Les matchs durent bien trop longtemps »

« Si tous les matchs suivent ce rythme, World Rugby peut reprogrammer la finale à Noël. » Remonté, le Daily Telegraph a calculé que la première période d’Angleterre-Fidji, d’une durée théorique de quarante minutes, en avait duré cinquante-trois, la faute aux quatre demandes d’arbitrage vidéo. L’allongement du temps de jeu et la multiplication des pauses inquiètent aussi les sélectionneurs, à l’image du boss du XV du Trèfle Joe Schmidt. « Il n’y a rien de pire que ces périodes d’interruption, a-t-il lâché après la victoire contre le Canada samedi. Les joueurs se refroidissent et cela les rend plus sensibles aux lésions des tissus mous. »

On pourrait lui répliquer que les appels à la vidéo ont pour but de traquer certains coups, comme celui infligé à Jamie Heaslip par Pascal Papé lors d’un déplacement en Irlande pendant durant le dernier Tournoi. L’aide technologique a permis de sanctionner le deuxième ligne français d’un carton jaune avant de le suspendre pour dix semaines.



« L’action était superbe, pourquoi l’annuler pour une petite faute ? »

Une question entendue lors de l’essai refusé aux Fidjiens vendredi. La réponse est oui et la raison est simple : on regarde les deux temps de jeu avant l’essai et ce qu’il se passe dans l’en-but. Donc soit c’est jugé bon, soit ça ne l’est pas. Et désolé, il n’y a pas d’entre-deux parce que vous êtes le Fidji, le Japon ou la Géorgie. On verra si les sceptiques conservent cette position si l’on bat les All-Blacks avec un splendide essai de Julian Savea annulé à la dernière seconde par la vidéo.

« Putain de vidéo, fais chier !! Quel essai..les fidjiens sont des magiciens ! #rugby #WRC2015 #fidji — jeff coux (@jeffcoux) September 18, 2015 »