Emmanuel Petit : « Je milite pour un football plus démocratique »

CHAT L'ancien footballeur vous a répondu pour la sortie de son livre...

C.G.

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L'ancien joueur de foot Emmanuel Petit en chat chez 20 Minutes, le 9 septembre 2015.
L'ancien joueur de foot Emmanuel Petit en chat chez 20 Minutes, le 9 septembre 2015. — Charlotte Gonthier/20 Minutes

[Le chat est terminé]

Je vous souhaite à tous bonheur et prospérité. Et n’oubliez pas la citation de l’auteur Daniel Pennac qui est pour moi un leitmotiv dans la vie : « Si vous rencontrez un être humain dans la foule, suivez-le,… suivez-le »

Anthony. H : Vas-tu revenir un jour à Arques-la-Bataille ? Signé d’un ancien de l’époque.

J’y étais au mois de juillet par deux fois. À chaque fois que je rends visite à ma famille, je m’arrête toujours au stade de la gare. D’ailleurs la dernière fois, il y avait Marcel Pommier !

Luc : Franchement, tu n’en as pas marre d’entendre à chaque fois, quand tu revois ton but en finale de coupe du monde, Larqué crier "A gauche, à gauche, à gauche, à gauche" ?

Non pas du tout car cela ne change rien au cours de l’histoire et je trouve que Larqué est dans son rôle de consultant.

Arnaud : Dès qu’un joueur a réalisé 6 bons mois, on le voit réclamer une augmentation de salaire. Que faire contre ce genre de dérives que les clubs subissent ?

Un contrat est un contrat, mais force est de constater que plus personne ne les respecte. D’ailleurs, comment peut-on tolérer qu’il y ait deux périodes de mercato durant la saison ? Et je ne mentionne même pas la dangerosité des agents.

Nevada62 : Quel est votre pire souvenir en tant que joueur professionnel ?

Il y a de grandes défaites sur le terrain. Finales perdues, la désillusion de 93 au parc contre Israël et Bulgarie et 2002 en Corée avec l’Equipe De France mais mon pire souvenir c’est la tragédie de Furiani.

Jason : T’es plutôt Fifa, comme en 2000, ou PES ?

PES.

Coz : Tu as été formé à l’AS Monaco et pourtant, dès que tu commentes leurs rencontres, tu es extrêmement critique, au point de se demander si tu aimes toujours ce club ?

Qui aime bien châtie bien. Si je suis trop indulgent, on va dire que je suis pro-monégasque donc j’essaie de rester le plus objectif possible en gardant ma neutralité.

De toute manière, on ne peut pas plaire à tout le monde. Plus vite tu comprends ça, plus vite tu auras compris le monde dans lequel tu vis. Je préfère garder Monaco dans mon coeur, dans la sphère privée.

Mamoul : Ne pensez-vous pas que le niveau de la Ligue 1 est faussé à cause des crédits illimités du Qatar pour le PSG ?

C’était le cas avec le Matra Racing de Lagardère, avec l’OM sous l’ère Tapie, avec Aulas et l’OL. Maintenant ça l’est avec les Qataris. Le souci n’est pas de stigmatiser la domination des Qataris avec le PSG mais plutôt de trouver des idées pour valoriser le football français.

Dans tous les grands championnats, il y a toujours eu un monopole des plus grands clubs européens.

Ludovic : Tu as joué à Monaco et Arsenal, et aujourd’hui ces deux clubs réussissent mieux financièrement que sportivement. Arsenal en se contentant sportivement de figurer en Ligue des champions et Monaco avec des belles ventes. Comment réagir en tant que joueur quand on sent que les actionnaires sont plus importants que les titres ou les performances sportives ?

Merci l’UEFA et sa réforme de la Champion’s League ! Le foot est à l’image du monde. La spéculation est devenue la norme. L’intérêt financier a définitivement détrôné l’intérêt sportif sous la pression des clubs les plus riches qui veulent rester entre eux. On a créé une caste. Un sentiment d’entre-soi.

Jc001 : Que pensez-vous du transfert de Martial à Manchester pour 80 millions d’euros ?

Il répond à une logique du milieu, la spéculation. Ce sont des montants qui peuvent choquer le commun des mortels mais ça répond à la loi du marché, l’offre et la demande. Mon seul regret : où est la méritocratie là-dedans.

Traksmen : Penses-tu qu’un système comme dans la NHL, avec des quotas sur les salaires et les budgets, puisse être bien pour le foot ?

Je ne pense pas car cela est valable dans les ligues fermées à l’américaine, mais cela remettrait en cause les fondations du système du sport européen qui est la méritocratie (montée et descente). En revanche je milite pour une DNCG européenne et pour la l’uniformisation des charges fiscales et sociales dans l’Union européenne.

Aurélien : Que pensez-vous de la rétrogradation du FC Rouen en DH en 2013 ?

Un pur scandale, nous avons été plombés financièrement et sportivement par la DNCG pour des faits inhérents à l’ancienne présidence.

Au final, ce sont des licenciements et une récupération du projet qu’on avait commencé à mettre en place, la fusion des clubs du FC Rouen et de Quevilly. Il nous a manqué 3 points pour monter en ligue 2. Je suis curieux de connaître l’avis de Luzenac.

Ludovic : Est-ce que parfois tu penses au fait que si tu étais né 10 ou 15 ans plus tard, tu aurais eu un salaire peut-être 2 ou 3 fois plus gros, à cause de l’inflation dans le foot ?

Non. C’est faux, parce que l’inflation n’était pas la même il y a 10 ans. Les salaires de notre époque n’étaient pas aussi importants mais si on le transpose à aujourd’hui, on n’est pas loin des sommes que touchaient ces joueurs-là.

Mugiwara no barhi : Aimeriez-vous occuper un rôle en club ? Si oui, lequel et où ?

J’ai passé mes diplômes il y a 7 ans au Centre Droit et Économie du Sport de Limoges, mais je n’ai pas de diplôme d’entraîneur parce que je n’en ai pas l’ambition. Aujourd’hui je suis actionnaire de deux boites. Une étrangère spécialisée dans les droits télévisuels privés et sportifs. L’autre française, créatrice d’applications mobiles spécialisée dans le foot (Ligue 1, Canal +, PSG…).

On est devenus leader en Europe sur ce marché, et d’une poignée de personnes, on est arrivés à plus 70 salariés.

Je suis même devenu « producteur » d’un jeune chanteur de variété française, Grégory Bakian, que je vous invite à suivre sur les réseaux sociaux.

Parachute : Ça ne te manque pas de ne plus jouer ?

Oui énormément. Mais j’ai arrêté ma carrière suite à une ostéotomie de la jambe droite. Je ne peux jouer que de façon frivole, m’amuser à taper dans un ballon 5 minutes ça va, mais au bout d’un moment l’esprit de compétition reprend le dessus donc les douleurs sont présentes au quotidien.

Jéjé : Bonjour Emmanuel. Pensez-vous que les sifflets à l’encontre de Giroud étaient justifiés lors du match France-Serbie ?

Non, car malgré le fait qu’il a deux pieds gauches devant le but, dans son état d’esprit, dans son abnégation, dans sa combativité, il est irréprochable.

Et quand je vois le nombre d’occasions qu’il se créé par match, j’en suis déçu pour lui de voir à quel point il peut vendanger devant le but. J’en éprouve presque de la compassion.

Luc : Quel constat faites-vous du football moderne ? Vous semblez très critique envers lui. Qu’attendez-vous et que proposez-vous ?

Il faut lire mon livre… Je ne souhaite pas opposer le monde amateur au monde professionnel, je milite simplement pour un football plus démocratique et que ces revenus soient distribués à minima, que tout le monde en profite.

Matiou82 : De nombreux joueurs retraités deviennent consultants dans divers médias. Qu’en pensez-vous ?

C’est une reconversion comme une autre. Tout le monde n’a pas envie d’être entraîneur ou agent, c’est une façon de garder contact avec sa passion.

Pierre : Quelle sensation ça fait de marquer en finale de la coupe du monde ?

Comment expliquer l’inexplicable ? Je suis père de 3 filles et j’ai trouvé le même sentiment de plénitude et sentiment d’existence à leur naissance.

Morgales : Avez-vous conservé des rapports avec les Bleus de 98 ?

Oui, certains mais pas tous.

José : À qui s’adresse votre livre ?

À tous les passionnés de foot, les licenciés, et à tous mes détracteurs.

Julie : Le fait que certains joueurs ne chantent pas la Marseillaise fait souvent polémique en France. Tu penses quoi de tout ça ?

Que certains joueurs ne chantent pas la Marseillaise, ne m’a jamais dérangé. En revanche, et là-dessus je suis intraitable, il faut une attitude solennelle, une attitude de circonstances.

Nico44 : Bonjour Emmanuel. J’ai beaucoup apprécié votre premier livre. Je voulais avoir votre avis sur le rôle que peuvent avoir les médias sur le phénomène de starification des jeunes joueurs contrairement à ce qui se faisait à votre époque ?

Il est colossal, il a toujours été un argument dans la construction d’une carrière. De nos jours, c’est devenu un enjeu très important puisqu’on le voit à travers les réseaux sociaux, il y a une mutation à l’heure actuelle.

Auparavant les joueurs avaient besoin de se faire connaître pour communiquer, donc avoir besoin des médias. Aujourd’hui, les joueurs et les clubs ont leur propre moyen de communication. Et ils monétisent ces aspects-là.

Ils ont compris que c’était une opportunité exceptionnelle, une fenêtre ouverte pour les fans, les sponsors partenaires. Moi, à mon époque, j’ai connu le minitel, le début de la téléphonie mobile et d’Internet.

Aujourd’hui, un joueur a vraiment conscience qu’il doit gérer son image du mieux possible, le moindre écart peut être repris en boucle et retourné contre lui. L’image est devenue la propagande de nos jours.

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Présentation du chat :

Longue crinière blonde et franc-parler, Emmanuel Petit n’a pas changé. Après avoir publié son autobiographie A fleur de peau en 2008, l’ancien footballeur est de retour avec Franc-Tireur (Editions Solar). Un livre dans laquel il dénonce les dérives du foot moderne, tout en proposant des solutions pour « revenir à des valeurs plus dignes ».

A cette occasion, il était de passage à la rédaction de 20 Minutes pour en parler.