Liga: Alors, grève ou pas grève?

FOOTBALL Le football espagnol est sous le menace, à cinq jours de la prétendue grève…

Bertrand Volpilhac

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Gareth Bale lors du match entre le Real Madrid et le FC Barcelone le 22 mars 2015.
Gareth Bale lors du match entre le Real Madrid et le FC Barcelone le 22 mars 2015. — Manu Fernandez/AP/SIPA

A cinq jours d'une grève annoncée des footballeurs qui mettrait prématurément un terme au Championnat d'Espagne, des haines tenaces bloquaient toujours mardi toute solution à une querelle obscure autour de la répartition des droits télévisés. Gerard Piqué, Xavi Hernandez, Iker Casillas ou Sergio Ramos: soutenu par les plus grands noms de la Roja, le syndicat des joueurs (AFE) appelle à une grève illimitée à partir de samedi. Ce dernier proteste contre un nouveau système de répartition des droits télévisés entre les clubs qui, selon lui, lèse notamment la deuxième division.

La Fédération espagnole de football (RFEF), également mécontente de la nouvelle répartition, avait ouvert le feu en annonçant la suspension des matches à partir de la même date. Le débrayage serait inédit en Espagne, empêchant les deux dernières journées du Championnat d'Espagne, les 17 et 23 mai, et menaçant la finale de la Coupe du Roi entre le FC Barcelone et l'Athletic Bilbao le 30 mai.

Les droits télés, un pactole

Beaucoup d'argent est en jeu: l'appel à la grève suit l'adoption le 30 avril d'un décret gouvernemental qui révolutionne le football espagnol. Le texte confie à la LFP la responsabilité de vendre les droits de diffusion TV des clubs espagnols, alors que ceux-ci négociaient jusqu'à présent chacun de leur côté.

Le Real et le Barça se taillaient la part du lion d'un véritable pactole, qui après avoir atteint 800 millions d'euros pour la saison 2013-2014 pourrait s'élever à un milliard d'euros. Tous les clubs acceptent le nouveau mode de négociation centralisée, y compris les deux «grands». Le mécontentement des joueurs et de la fédération porte ailleurs.

La Fédération affirme que le décret réduirait son rôle à celui de simple «distributeur», l'obligeant à payer les cotisations des sportifs avec l'enveloppe qui lui sera allouée. En revanche, la Ligue pourrait utiliser la sienne pour ses frais de promotion. Le syndicat de joueurs réclame lui un partage plus équilibré en faveur de la deuxième division et s'indigne de ne pas avoir été assez consulté lors de l'élaboration d'un décret qui le réduit au même niveau que les syndicats d'arbitres et d'entraîneurs.

Des issues envisageables

Mais l'appât du gain pourrait aussi expliquer le mouvement. «Il semble que les joueurs veuillent percevoir une plus grand part des nouveaux revenus que récoltera la Ligue», analyse Javier Hervas, avocat et professeur en droit du sport.

Plusieurs issues sont envisageables: dès mercredi, la justice pourrait ordonner la suspension de la grève. La possibilité d'amender le texte lors d'un passage au Parlement est a priori écartée par le gouvernement qui recherchait justement la rapidité en adoptant un décret.

Reste celle de promettre aux uns et aux autres de meilleures conditions de financement, sans toucher au décret, par exemple par la convention collective des joueurs, souligne Javier Hervas, directeur de Master à l'ISDE de Madrid.