Dakar 2015: A quoi reconnaît-on un bon copilote?
NAVIGATION•Elément aussi primordial qu’il est méconnu, le copilote a des fonctions très précises à remplir pour la bonne marche d’une voiture sur le Dakar…Nicolas Camus
De notre envoyé spécial à Salta (Argentine)
Un peu comme le gardien de but au foot, le copilote d’une voiture de rallye occupe un poste ingrat. De ceux que l’on oublie quand tout va bien et que l’on aime titiller s’il y a eu le moindre début de boulette. Méconnue, la fonction consiste, vu de l’extérieur, à lire des indications inscrites sur un roadbook. Mais à quoi reconnaît-on un bon copilote d’un mauvais (ou d’un moins bon)? «Le bon copilote, il dit quand il faut tourner. Le mauvais, et bah il dit quand il faut tourner». N'en déplaise aux Inconnus, la réponse est un peu plus complexe que ça.
«Un bon copilote reste calme. Il est toujours au même niveau de lucidité, il reprend le contrôle très vite si lui ou son pilote a fait une petite erreur», estime Jean-Paul Cottret, le navigateur de Stéphane Peterhansel. Entre les erreurs d’aiguillage, les petits pièges oubliés et les casses à réparer, les moments de tension ne sont pas rares dans un habitacle. «La relation avec le pilote n’est pas toujours facile, loin de là, reprend Cottret. J’ai connu de jeunes prometteurs qui ne savaient pas gérer cette pression, c’est rédhibitoire.»
«S’il dit "maintenant" et qu’il est un peu décalé...»
Un copilote digne de ce nom serait donc le réceptacle des émotions, celui qui absorbe les difficultés d’un chemin poussiéreux et cahoteux d’une spéciale de Dakar pour la transformer en piste d’atterrissage. Oui, mais pas seulement. «Le tempo dans lequel il donne les infos est primordial, ajoute Pierre Lachaume, 16e du général. Quand il vous dit "300 mètres, 200, 100, maintenant", ça doit l’être vraiment. S’il dit "maintenant" et qu’il est un peu décalé, ma conduite aussi, mes freinages aussi, et là c’est la catastrophe.»
Pour sa première participation, en 2013, Pierre Lachaume avait choisi un ami débutant à ses côtés. Depuis l’an dernier, il navigue avec Jean Brucy, presque 20 Dakar au compteur. «C’est là que je me suis aperçu qu’un bon copilote ça faisait du boulot, avoue-t-il. Avec lui, j’ai pu me concentrer uniquement sur mon pilotage. Je n’avais plus à naviguer en même temps. Et du coup on va bien plus vite!»
Ce qui fait la différence, c’est donc ça. Un bon copilote est quelqu’un de calme, mécano hors pair et qui inspire une confiance aveugle. On ne cherche pas les pistes à sa place, on ne jette pas un œil par-dessus son épaule pour vérifier si tout va bien. «Et lui ne doit quasiment jamais lever les yeux de ses instruments», ajoute Lachaume. Garder le nez collé sur ses feuilles pendant 350 km tout en étant secoué dans tous les sens... On pourrait ajouter à la liste des qualités du bon copilote un estomac bien accroché.


















