Vincent Lantin (Vanetys - Le Slip français) à bord de son Class 40 avant le départ de la Route du Rhum, le 29 octobre 2014.
Vincent Lantin (Vanetys - Le Slip français) à bord de son Class 40 avant le départ de la Route du Rhum, le 29 octobre 2014. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

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Route du Rhum: «J’ai serré les fesses et j’ai continué» raconte Vincent Lantin, le dernier de la course

Vincent Lantin raconte son arrivée ce mercredi à Pointe-à-Pitre et les galères qu'il a connues pendant trois semaines, en faisant le bon dernier de cette Route du Rhum 2014...

Un peu plus de trois semaines après Loïck Peyron, vainqueur en un temps record (7 jours, 15 heures et 8 minutes), le tout dernier concurrent de la Route du Rhum est arrivé à Pointe-à-Pitre, très tôt ce mercredi matin. En 30 jours, 14 heures et 35 minutes, Vincent Lantin (Vanetys - Le Slip français), 33 ans, a connu de nombreuses galères à bord de son Class 40. Dont il est le premier, après une bonne nuit de sommeil, à rigoler.

Comment s’est passée l’arrivée, il y avait encore des gens pour vous attendre?

C’est rigolo parce que la fin de course est un peu le moment redouté de tout le monde. Il faut faire le tour de l’île, et en général il n’y a pas de vent. Moi j’en ai eu tout le long, sauf à un kilomètre de la ligne et c’était horrible, j’ai mis deux heures pour arriver. Mais il y avait une dizaine de bateaux qui étaient là, mes partenaires, des journalistes, des amis et tous mes copains de la Class 40 qui étaient encore en Guadeloupe. Donc j’ai eu un super accueil, c’était génial. Et c’est plutôt chouette de voir des humains (rires).

Comment expliquer votre retard? Vous avez connu des galères dès le départ?

Ça a commencé dès la première matinée. Après une première nuit où ça s’est super bien passé, j’ai couché le bateau dans une grosse vague et j’ai cassé tout ce que j’avais en tête de mât, donc j’ai été obligé de m’arrêter à Brest. Je suis reparti avec 24 heures de retard. Le deuxième jour, en plein milieu du golfe de Gascogne, j’ai perdu tout mon électronique à bord. Donc plus de météo, plus de position GPS, plus rien… Grosse galère. Je me suis alors dirigé vers Madère, mais en arrivant là-bas mon pilote automatique est tombé en panne. Personne n’a pu m’aider, alors je suis descendu jusqu’aux Canaries, où il y avait des services techniques plus intéressants. J’ai réparé, mais ça a duré trois jours et ensuite plus rien jusqu’à l’arrivée.

Comment on fait pour naviguer dans ces conditions?

Je passais beaucoup de temps à la barre. Parfois je tentais de l’attacher avec des systèmes d’élastique mais ça ne fonctionnait pas très bien. Du coup, quand je voulais dormir deux heures, je faisais simple: j’affalais mes voiles et je me mettais à la cape [action qui consiste à régler son cap et sa vitesse par rapport au vent et à la mer pour être le plus stable possible]. Sinon, de temps en temps, mon pilote automatique refonctionnait. Je lui mettais un coup de marteau dessus pour le faire repartir, et ça marchait par moments. J’en profitais pour dormir un peu, et puis il s'arrêtait à nouveau. Le problème est que ça m’a fait perdre des voiles d’avant, et du coup après je n’avançais plus.

On fait comment pour tenir dans ces cas-là?

J’ai beaucoup pensé à mes partenaires, à mon équipe qui a travaillé très dur. Et puis j’ai plein d’amis et de membres de ma famille qui m’ont aidé à boucler mon budget. Je ne pouvais pas faire autrement que continuer. En plus, j’étais au milieu de l’océan. Qu’est-ce que tu veux faire? C’est soit t’appelles les secours, soit tu poursuis. J’ai serré les fesses et j’ai continué.

Vous n'avanciez plus très vite, vous vous êtes ennuyé pendant ces 30 jours?

Il y a beaucoup de choses à faire sur le bateau mais tu ne passes pas non plus tes journées à bricoler. Il y a des moments où tu te laisses un peu aller. J’ai bouquiné, écouté de la musique, écrit, pris des photos.

Vous aviez déjà participé à la Route du Rhum?

Non. J’avais eu la chance de préparer des skippeurs comme Cammas ou Gautier, par exemple, mais là c’était ma première. Ça s’est décidé un peu sur un coup de tête. C’était un moment de ma vie où j’avais besoin de me retrouver seul, d’affronter mes peurs.

Vous avez été servi alors!

Là la thérapie est finie oui, c’est bon (rires).

Comment prenez-vous le fait d’être dernier, finalement?

C’est marrant parce que c’est toujours quand on a des galères que les médias parlent de nous. S’il ne m’était rien arrivé et que je n’avais pas été sponsorisé par une marque de slip, ça aurait moins intéressé les gens. J’ai beaucoup de respect pour tous mes camarades. On a tous vécu l’enfer la première nuit, quelques jours après à La Corogne j’ai un copain qui a pris la foudre. Il s’est fait électrocuter et son bateau a commencé à couler. Une copine a démâté... Moi finalement je m’en suis bien sorti. J’ai pu terminer, j'ai de la chance !