Pays-Bas-Costa Rica: Dans la tête des «Ticos», avec leur préparateur mental

FOOTBALL Le Costa Rica, qui défie les Pays-Bas samedi en quart de finale de la Coupe du monde, a développé des qualités mentales hors-norme grâce à un psychologue colombien…

Antoine Maes

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Jorge Pinto et ses joueurs lors d'un entraînement du Costa Rica, le 2 juin 2014, à Santos.
Jorge Pinto et ses joueurs lors d'un entraînement du Costa Rica, le 2 juin 2014, à Santos. — AFP PHOTO / RONALDO SCHEMIDT

De notre envoyé spécial à São Paulo

Les Costariciens seraient cramés. Rôtis. Lessivés. Usés. A l’heure d’affronter les Pays-Bas en quart de finale de la Coupe du monde, la surprise du Mondial en aurait plein les chaussettes. Surtout après un match épique contre la Grèce, remporté aux tirs au but après avoir passé une bonne heure en infériorité numérique. Mais les hommes de Jorge Pinto auraient une botte secrète: leur mental. «C’est un doping qui vient de la tête et du cœur, mais un doping qui est légal», remarque Erick Sanchez, le préparateur physique.

Et chez les «Ticos», il existe un vrai poste pour ça. C’est celui de Jaime Perozzo, la soixantaine bien tassée, lunettes rondes et gros fumeur. Appelez-le «motivateur» ou «psychologue», lui s’en fout un peu. Il sait très bien quelle est son importance dans le groupe. «Il nous aide à regarder en nous et à sortir toute la force qu’on a à l’intérieur, dont tu ne soupçonnais même pas l’existence», raconte l’attaquant Marco Urena.

«Faire comprendre que la tactique est parfaite dans le temps et dans l’espace»

«Je travaille la cohésion du groupe pour qu’existe la cohésion dans le travail», explique Perozzo, capable de citer dans la même phrase Phil Jackson, l’ancien coach des Lakers, et Ignacio Ramonet, l’ancien directeur du Monde Diplomatique. D’autres équipes ont recours à ce genre de profil (Brésil, Angleterre), mais peu semblent en tirer autant profit. D’ailleurs, la polémique sur les crises de larmes des joueurs de la Seleçao le fait bien rire: «L’homme c’est quoi? Des sentiments et des émotions. Si tu veux pleurer, pleure! Décharge-toi! Quand tu es émotionnellement relâché tu penses mieux. Le truc c’est qu’à un moment ça doit s’arrêter».

Il avoue avoir fait plus de 1.000 entretiens avec les joueurs du groupe, et l’assure: «Ils me disent tout». Il faut bien ça pour faire appliquer les concepts physiques et tactiques réputés rigoristes de Jorge Pinto. «Les domaines techniques, physiques et mentaux, ce sont des vases communicants. Mon boulot c’est de transformer le «je» en «nous» et de leur faire comprendre que la tactique est parfaite dans le temps et dans l’espace».

Dans sa tâche, Jaime Perozzo est tout de même un peu aidé par ses joueurs, pas réputés pour être les plus bêtes de l’univers. Dans le championnat national, 60 % des professionnels auraient bouclé des études universitaires. Le capitaine, Celso Borges, parle couramment trois langues et taquine le Suédois, la langue de son championnat. «S’ils n’avaient pas les capacités cognitives pour apprendre de tout, ce serait dur. Mais au Costa Rica, on n’a aucun problème avec ça. Après le Mondial, certains vont continuer des études d’ingénieur ou de criminologue», promet Jaime Perozzo. Si les coéquipiers de Bryan Ruiz révisent le soir après l’entraînement, il ne faut plus s’étonner d’avoir les jambes lourdes.