Dreyfus à l'OM, 10 ans de déconvenues
AFP
La main heureuse en affaires, le milliardaire Robert Louis-Dreyfus, qui devrait céder l'Olympique de Marseille, a accumulé les revers en sport, sa grande passion, avec un palmarès vierge en dix saisons et en prime des démêlés avec la justice dans l'affaire des comptes du club.
Un investissement évalué à 200 millions d'euros pour une décennie sans titre et une condamnation en première instance, en juin 2006, à trois ans d'emprisonnement avec sursis et 375.000 euros d'amende pour abus de biens sociaux: le raccourci est cruel mais résume les malheurs de "RLD", pour qui l'OM aura souvent rimé avec problèmes.
Il y a un an, l'homme d'affaires avait affirmé qu'il ne quitterait pas le club même en cas de condamnation. Et pourtant, sept mois après cette décision dont il a fait appel, il cède le club aux huit titres de champion de France à l'industriel canadien Jack Kachkar. Jusqu'en 1996, la chronique sportive n'avait eu que peu de raisons de s'intéresser à cet homme de 60 ans, père de trois fils, abonné aux éloges des gazettes économiques.
Héritier d'une dynastie de courtiers en céréales et d'armateurs, né dans les beaux quartiers de Paris et résidant en Suisse à Davos, "RLD" s'est d'abord fait un nom hors du giron familial qu'il a quitté après avoir travaillé brièvement dans les campagnes américaines puis au Brésil. Il est titulaire d'un MBA à Harvard décroché sans son bac, aime-t-il rappeler.
Il transforme en jackpot, de 1981 à 1989, une société d'études de marché dans le secteur médical aux Etats-Unis (IMS), avant de relancer l'agence de pub londonienne Saatchi et Saatchi (PDG de 89 à 93) et d'orchestrer jusqu'en 2001, délocalisations à l'appui, le redressement d'Adidas dont il fut le patron.
Passionné de sport
Ce n'est qu'en 2000 qu'il revient dans le groupe familial (21,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires), en quête de dirigeants du sérail, pour prendre en mains LD Com (devenu ensuite Neuf Télécom). Il est aujourd'hui administrateur du groupe Neuf Cégétel. Il a aussi fondé, à titre personnel, la société de droits sportifs Infront, née de la chute de l'empire Kirch.
Jamais, pendant ce temps, la passion du sport ne le quitte. "Il adore tous les sports. Je crois que lui-même aurait voulu être un grand sportif. Et personne ne peut le suivre au ski!", dit l'ex-champion de boxe Louis Acariès, un de ses proches. En 1996, il se laisse convaincre par le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, président ès qualité de l'OM pendant une courte période. Par attrait pour cette ville, par envie de se piquer au jeu du foot, mais aussi par stratégie commerciale, pour offrir à Adidas une vitrine de luxe comme l'OM. C'est l'époque où il lance: "Je sais que je ne gagnerai jamais de l'argent avec l'OM". De là à se voir délester sur ses propres deniers d'environ 200 millions d'euros en dix ans...
Les larmes aux yeux
Car le président (jusqu'en 2002) investit dispendieusement, parfois abusé par des agents et dirigeants délégataires. Lors du procès des comptes de l'OM, en mars 2006, "RLD" affirme, les larmes aux yeux: "Je ne me suis pas investi autant pour que mon sport favori soit éclaboussé par ce qui apparaît être un système de fraude généralisée." Il ajoute: "Je ne peux davantage supporter l'idée qu'on puisse penser que je couvrirais ces comportements par laxisme ou vanité, ni surtout que je les aurais facilités, de quelque manière que ce soit."
Jugé responsable des dérives et condamné en première instance, il ne sera donc plus propriétaire de l'OM lors du procès en appel, qui pourrait avoir lieu en juin. Mais peut se satisfaire de laisser un club de retour aux avant-postes de la L1.



















