Rugby: Pour Guy Novès, les doublons sont «irresponsables, suffocants, et malhonnêtes»

Top 14 Pour le manager général du Stade Toulousain, le fonctionnement du rugby professionnel français est aberrant…

Nicolas Stival

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Guy Novès, l'entraîneur du Stade Toulousain, le 23 novembre 2013.
Guy Novès, l'entraîneur du Stade Toulousain, le 23 novembre 2013. — PASCAL PAVANI / AFP

Les doublons «Top 14 – Tournoi des VI Nations» font toujours autant pester Guy Novès. Pour le manager général du Stade Toulousain, son équipe (sixième du Top 14) est gravement handicapée avant d’accueillir Montpellier (cinquième), samedi dans un match crucial en vue des phases finales.

Vous avez ciblé depuis de longues semaines la réception de Montpellier. Vous sentez-vous défavorisés avant cette rencontre?

C’est irresponsable, suffocant et surtout malhonnête de demander à une équipe de jouer sans sept joueurs français internationaux (Maestri, Nyanga, Picamoles, Doussain, Fickou, Huget, Médard), et même neuf en comptant Dusautoir et Fritz (blessés). En face, il manque Nicolas Mas… Il faut aussi rajouter les blessés, car tous les clubs en ont. Et là, ça devient irrespirable. C’est malhonnête vis-à-vis des spectateurs, vis-à-vis du rugby que l’on prétend professionnel. Certains diront que c’est super car grâce à ça, l’équipe de France a gagné samedi (contre l’Angleterre, 26-24). Moi, qui suis dans cette entreprise Stade Toulousain, je dis que c’est impensable de tolérer autant d’injustices.

C’est-à-dire?

La Fédération (FFR) rembourse 1 300 euros par joueur international à la Ligue (LNR). La Ligue ne retourne que 1 000 euros aux clubs. On se demande où sont passés les 300 euros restants. On pense qu’ils partent en Pro D2 pour récompenser les présidents qui ont voté la convention (entre la FFR et la LNR, sur la mise à disposition des internationaux) alors qu’ils ne sont pas du tout concernés par les internationaux. Un international, avec les charges, nous coûte 2 600 euros. On perd 1 600 euros par joueur. On les paye, ils vont ailleurs et quand ils reviennent, ils sont fatigués. Pendant qu’ils ne sont pas là, les autres joueurs se crèvent car on a personne pour tourner. Et on appelle ça du rugby professionnel.

Espérez-vous malgré tout vous trouver dans de meilleures dispositions que lors de la défaite (25-5) au Racing-Métro?

On sera dans les mêmes dispositions sauf que le comportement que nous avons eu lors de cette rencontre ne doit pas se renouveler. Nous essaierons d’être les meilleurs possibles. On fait de Montpellier une priorité. Pas simplement parce qu’on joue chez nous, mais parce qu’on a besoin de points en terme de classement pour continuer à survivre en haut du tableau.

Vous répétez qu’un jour ou l’autre, le Stade Toulousain ne sera pas en demi-finale du Top 14. Craignez-vous que la prédiction se réalise cette année?

Je le crains chaque année! Et je le répète car je prépare les médias à cette situation qui nous arrivera un jour. Regardez Biarritz, qui a été deux fois champion de France consécutivement (2005 et 2006) et qui joue la descente. Il arrive toujours à un club d’avoir des hauts et des bas. En voyant ce qui arrive aux autres, je me dis que ça peut nous arriver à nous aussi.