Open d’Australie: Pourquoi Federer peut-il (enfin) battre Nadal en Grand Chelem?

TENNIS Le Suisse semble être redevenu un joueur hors-normes...

Julien Laloye
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Roger Federer et Rafael Nadal au tournoi d'Indian Wells en mars 2013.
Roger Federer et Rafael Nadal au tournoi d'Indian Wells en mars 2013. — Mark J. Terrill/AP/SIPA

Deux victoires ont suffi à relancer la hype Federer, passé en trois jours de légende sur le déclin à numéro 1 mondial en puissance. L’observateur attentif sait pourtant qu’il n’y a qu’une façon de se faire une idée sur le véritable niveau du Suisse. Le passer à la moulinette Nadal, coup droit lasso contre revers slicé, remuer pendant quatre heures, et attendre le résultat. Toujours le même en Grand Chelem depuis 2007. Victoire de l’Espagnol à l’usure, merci, et au revoir. Sauf que vendredi matin, cela pourrait changer en demi-finales de l’Open d’Australie. Démonstration.

La raquette magique

Elle est moche, elle est noire, et on n’en voudrait même pas  pour jouer le dimanche. Pourtant la nouvelle raquette personnalisée du Suisse – un modèle unique - fait des miracles. Finis les bois en série depuis l’adoption d’un tamis enfin agrandi pour s’adapter à la concurrence. «Il a dû se rendre compte que sa raquette n’était plus adaptée à son physique détaille Jean-Jacques Poupon, qui s’occupe des raquettes de Nadal. Aujourd’hui, il est confronté à des gens qui jouent en 2 ou 3 coups, et s’il n’a pas les 5 ou 6 cm de rallonge pour remettre dedans…» Le Suisse confirme : il a retrouvé «de la puissance au service et de la régularité à l’échange». Tsonga peut en témoigner.

Un coach qui change tout

Federer, capable de gagner plusieurs Grands Chelems sans entraîneur, s’est tourné vers son idole de jeunesse Stefan Edberg fin 2013. Objectif :  arrêter de vouloir dominer l’adversaire sur son registre – le pêché mignon du Suisse - et développer un jeu au filet digne de son immense talent. Les effets sont déjà visibles. Le 7e joueur mondial ne «slice» plus systématiquement en revers au retour et monte plus vite à la volée. Au risque de se faire transpercer par Nadal, peut-être le meilleur défenseur de l’histoire du jeu ? «Avec Stefen, nous avons parlé du jeu mais aussi évidemment de Rafa, confie Federer. Il pensait avoir quelques idées, donc je suis impatient de voir ce qu'il a à dire». Nous aussi.

Un physique enfin d’aplomb

Soyons honnêtes, on a cru avoir perdu le mythe pour de bon à l’été, quand Stakhovsky, Delbonis, et Brands, sont passés successivement sur le corps d’un Federer en lambeaux, la faute à un dos récalcitrant. «A l’époque j’étais obligé de jouer avec des anti-inflammatoires. Mais pour la première fois depuis une année, j'ai pu m'entraîner 3-4 semaines de suite, sans douleurs au dos à la trêve, expliquait «Rodgeur» avant l’Australie. Cela m'a permis de m'entraîner de manière plus intense et plus longtemps.» Conséquence, on a retrouvé par (longues) séquences le rouleau-compresseur, dont la cadence à l’échange a fini par faire exploser un Andy Murray pourtant pas manche en la matière.

Un Nadal plus prenable que jamais

L’état de la main gauche de «Rafa» a fait le tour du monde depuis deux jours. Même si pas grand-monde ne doute de la capacité du n°1 mondial à lutter jusqu’à ce que mort s’ensuive crevasse au milieu de la paume ou pas,  lui-même a concédé que «la douleur le gênait au service.» Et influait sur son jeu. Impressionnant jusqu’à son 3e tour face à Monfils, Nadal a ensuite bénéficié d’un tableau assez gentillet pour lui permettre de passer entre les gouttes :  Nishikori, qui a servi deux fois pour lui prendre un set en huitièmes, et Dimitrov, qui a raté un coup droit tout fait pour mener deux manches à une en quarts, ont laissé passer leur chance. Cela devrait être autre chose avec un Federer en pleine forme.