Bruce Grannec: «Jouer à "Fifa 14", c'est du sport à part entière»

JEUX VIDEO Le Français a reçu le trophée de meilleur joueur du monde sur «Fifa 13»...

Loïc Bécart

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Bruce Grannec (à droite) recevant le prix de meilleur joueur mondial de Fifa 2013 des mains de Jurgen Klopp, l'entraîneur de Dortmund, le 13 janvier 2014 à Zurich.
Bruce Grannec (à droite) recevant le prix de meilleur joueur mondial de Fifa 2013 des mains de Jurgen Klopp, l'entraîneur de Dortmund, le 13 janvier 2014 à Zurich. — FABRICE COFFRINI

Dans la vie civile, il s'appelle Bruce Grannec. Mais donnez-lui une manette entre les pognes, et il devient «Spank». Ce Francilien de 27 ans est quadruple champion du monde du jeu de football «Fifa». Lundi, à Zurich, alors que Franck Ribéry ratait le Ballon d'Or, Bruce Grannec se voyait remettre le trophée de meilleur joueur mondial de «Fifa 13». Il a également écrit un guide pour devenir champion de «Fifa 14». En juillet prochain au Brésil, il défendra son titre de champion du monde. Mais la vie d'un joueur professionnel de jeux vidéo est faite de clichés. L'occasion pour lui d'en démonter quelques-uns...

Le régime d'un joueur de jeu vidéo «Fifa», c'est chips et soda devant un écran :  Faux. «On retrouve beaucoup de sportifs dans les compétitions. J'ai moi-même joué en club pendant une dizaine d'années. Il y a quand même un certain rythme de vie à tenir. Certes, je ne vais pas sortir en boîte la veille d'un tournoi mais ça ne m'empêche pas de m'amuser. Je ne passe pas mes nuits à jouer, je dors sept à huit heures. Mais pendant les tournois, je dors dès que je peux. Lors de la dernière Coupe du monde, je dormais dans le car qui nous emmenait vers la finale alors que tous les autres joueurs étaient excités. Les compétitions de jeux vidéo, ça reste du sport à part entière. C'est une préparation au quotidien, un mental qui joue beaucoup lors des matches :  bref, beaucoup de similitudes avec le "vrai" sport. Pour moi, c'est le sport du futur, de ces dix prochaines années. En Corée, c'est déjà le cas.»

A un tournoi de jeu vidéo, il n'y a que des geeks :  Faux. «Pas du tout, c'est un univers très professionnel. On rencontre des personnes de tous types. Sur les tournois "Fifa", ce sont beaucoup de sportifs, des gens qui jouent eux-mêmes au football en amateur. C'est loin de l'image de l'adolescent qui passe sa vie sur les jeux. La moyenne d'âge sur une Coupe du monde se situe vers 22-23 ans. Moi qui en ai 27 et qui ai commencé il y a dix ans, je fais presque figure d'ancien.»

Être champion du monde de jeux vidéo, c'est surtout pour ne pas être frustré de ne pas être champion pour de vrai :  Presque vrai. «C'est quelque chose que les gens me disent souvent. C'est vrai que j'aurais préféré réussir dans le vrai football. Comme beaucoup de jeunes, j'ai rêvé devenir footballeur professionnel quand j'étais petit mais il y a au final peu d'élus. J'ai joué au niveau sistrict dans l'Essonne mais à partir de senior, j'ai eu pas mal de blessures. Jouer à "Fifa" me permet de rester dans le milieu du foot, qui reste ma grande passion.»

Un joueur de jeux vidéo peut gagner sa vie :  Vrai. «Moi, ça fait sept ans que j'en vis. En 2013, j'ai gagné entre 70 et 75.000 euros. Ce qui change depuis quelques années, c'est la part plus importante des sponsors :  l'année dernière, seuls 20-25% des revenus provenaient des tournois. Par exemple, je suis ambassadeur du jeu "Fifa" pour EA Sports et je réalise des prestations pour eux. J'ai rencontré quatre fois les concepteurs du jeu à Vancouver pour faire part de mes retours, pour participer à l'amélioration du jeu. C'est sûr qu'en France, on n'est pas beaucoup à pouvoir vivre de cette passion. Je me sens privilégié mais je m'en suis donné les moyens.»

Quelqu'un qui joue aux jeux vidéo y passe dix heures par jour :  Faux. «Je ne fais pas non plus dix tournois par semaine, loin de là. En fait, je ne joue qu'une heure par jour en temps normal et un peu plus avant un gros tournoi, en faisant des tournois entre potes rencontrés sur des compétitions. A côté de ça, j'ai d'autres passions comme les mangas et le cinéma. Et les voyages, que je fais dans le cadre des tournois et autres. Je réalise des rêves de gosse en allant en Chine, en Indonésie, à Dubaï..»