Michael Schumacher: Pour Patrick Tambay, «ce n’est pas un excès d’imprudence»

Antoine Maes

— 

Michael Schumacher sur les pistes italiennes en 2005.
Michael Schumacher sur les pistes italiennes en 2005. — AFP PHOTO/FILES/Patrick HERTZOG

Patrick Tambay, qui a disputé 114 Grand Prix de Formule 1, sait bien que la peur est un élément très relatif chez les pilotes. Devenu consultant pour RMC, le Français assure pourtant que ce n’est pas le tempérament parfois fougueux de Schumacher sur un circuit qui a causé son accident, dimanche, sur les pistes de Méribel.

Est-ce qu’une fois à la retraite, les pilotes ont besoin de trouver de l’adrénaline ailleurs, comme au ski pour Schumacher?

En ski ou en n’importe quoi. Mais là, c’est un incident tout à fait banal, entre deux pistes, où il y a de gros rochers. Ce n’est pas un excès d’imprudence. C’est la fatalité, le destin, tout ce que vous voulez. Toute sa vie il a pris des risques calculés, et là, en une seconde, la vie a basculé. Ça aurait pu arriver à n’importe qui. Un jeune pilote suisse, Philippe Fabre, est mort de la même façon il y a 15 jours à Val-Thorens. C’est médiatiquement très important parce que c’est Schumacher, mais ce genre d’accident se produit souvent. 

Schumacher était-il particulièrement imprudent au volant?

Il en fait quelques unes. Il aurait pu y rester et ne pas faire cette carrière, notamment quand il a eu son accident à Silverstone (en 1999, ndlr). Mais l’accident d’Ayrton Senna a sauvé beaucoup de vies, il a forcé les ingénieurs, la FIA, les circuits, à se pencher sur les conditions de sécurité. Schumacher peut lui dire merci quelque part. 

>> Accident de Michael Schumacher: les dernières informations en direct

Schumacher a eu des accidents en F1, mais aussi en moto…

Oui mais si on prend les carrières de différents pilotes, certains sont passés à travers les gouttes, et d’autres non. Quelque part je ne sais pas: est-ce qu’il ne vaut pas mieux mourir en pleine gloire sur le champ de bataille que de rester blessé ou handicapé? 

Le fait d’être sorti indemne de ces accidents l’a-t-il poussé à développer une forme d’inconscience?

Je ne peux parler que pour moi: on finit par vivre avec. On est immunisé, on n’est plus vraiment surpris par l’incident grave. On n’en a pas eu récemment, heureusement, mais à l’époque, chaque saison, on perdait un ou deux camarades, et on arrivait à être blindé. Mais là ce n’est pas le cas. Il prenait du plaisir, il faisait du ski avec son fils, et c’est un accident bête et stupide. Il avait rendez-vous avec son destin. Quand on sait la vie qu’il a eue, la carrière qu’il a eue, la richesse qu’il a amassée… C’était le moment où il allait pouvoir jouir et profiter de tout cela, eh bah voilà, ça s’arrête. 

Comment était-il perçu au-delà de son palmarès chez les autres pilotes?

Il faut ce genre d’événement pour qu’on vous remette au pinacle. Regardez Vettel: on le jalouse, on l’envie, et c’était pareil avec Schumacher, parce qu’il gagnait trop.