Michael Schumacher: «La pression médiatique n'influence par les décisions médicales»

Antoine Maes

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L'équipe médicale du CHU de Grenoble s'occupant de Michael Schumacher, le 30 décembre 2013.
L'équipe médicale du CHU de Grenoble s'occupant de Michael Schumacher, le 30 décembre 2013. — JEFF PACHOUD / AFP

Plus de 24h après son accident de ski, Michael Schumacher est toujours dans un «état critique», ont expliqué les médecins du CHU de Grenoble. Victime d’un «traumatisme crânien grave», le pilote allemand est dans un état qui suscite de vives inquiétudes. Patrick Chauvel, neurologue, explique pourquoi il est très difficile de se prononcer rapidement sur ce genre de cas.

Pourquoi est-ce si dur de dire vite ce qu’il va devenir?

Il y a trois situations possibles. Si c’était un hématome entre le cerveau et la dure-mère, ça en général c’est le meilleur pronostic. Il suffit d’évacuer le sang qui comprime la dure-mère et la guérison est quasiment immédiate. Après, si l’hémorragie est sous la dure-mère mais que le cerveau n’est pas touché, c’est ce qu’on appelle un hématome sous-dural, et à ce moment là, si on opère et qu’on évacue le sang, on a une guérison un peu plus lente mais une guérison quand même. La troisième possibilité c’est si l’hémorragie est dans le cerveau, là on opère ou on n’opère pas, mais ça fait un œdème et une hémorragie, et il faut laisser un peu de temps pour que tout ça se résorbe. C’est pour ça qu’on ne peut rien dire. Tout dépend la manière dont les choses se réparent sous traitement. 

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Michael Schumacher a été placé en coma artificiel en état d’hypothermie. Pourquoi?

Parce que de cette façon, on diminue le métabolisme du cerveau, donc on diminue l’hyperpression intracrânienne. C’est ce qui est dangereux pour le cerveau: comme il est comprimé par la boite crânienne, s’il gonfle, il va se léser. 

Dans ce genre d’accident la rapidité des secours est-elle primordiale?

C’est très important. Par exemple, dans le cas d’un hématome extradural, ce qui n’est probablement pas ce qu’il a,  si vous faites le diagnostic très tôt, que vous opérez très tôt, il y a vraiment guérison sans séquelle. Mais si on attend pour une raison X ou Y, même s’il y a guérison, ça peut laisser des séquelles. 

Peut-on déjà imaginer ce que risque Michael Schumacher?

Ça je ne sais pas. Etant donné ce que disent les médecins, et il est très probable qu’ils disent la vérité, on ne saura quel est le pronostic que selon la manière dont il va réagir au traitement et à la réanimation, qui se passent en ce moment. 

Avoir été un athlète, est-ce que c’est important?

Bien sûr. Ce qui est important, c’est qu’il n’ait pas de pathologie par ailleurs. Il n’a probablement pas d’hypertension artérielle, il n’a probablement pas de diabète, il n’a probablement pas de pathologies qui pourraient aggraver la situation. 

En tant que médecin, c’est compliqué de gérer un patient connu?

Les journalistes qui attendent à la porte avec leurs micros, pour l’environnement familial, ce n’est pas terrible. Il y a aussi plus de pression pour donner de l’information, mais l’administration hospitalière sait très bien le faire. Et pour les prises de décision, la pression médiatique n’influence pas. Il y a des cas où ça pourrait arriver, mais pas au CHU de Grenoble, qui a un excellent service de neurochirurgie.