Foot: «Le système du dopage est bien rodé»
Eric Maitrot réagit aux soupçons de dopage dans les grands clubs espagnols. Il est l'auteur de l’ouvrage «Le scandale du sport contaminé», revient sur les liens entre le dopage et le footballRecueilli par Stéphane ALLIES
Eric Maitrot, auteur de l’ouvrage «Le scandale du sport contaminé» (Flammarion), revient sur les liens entre le dopage et le football.
A quand remonte le dopage dans le foot?
Si l’on excepte les rumeurs jamais démontrées autour du grand Saint-Étienne des années 1970, le premier aveu est celui d’Harald Schumacher, qui a raconté dans son livre sa dépendance aux produits stimulants, durant la préparation du mondial 82. Il y a eu ensuite une série d’accusations diverses autour de l’OM des années 1990, à travers les dires de Desailly, Cascarino ou Eydelie. Mais rien n’a jamais été prouvé. Puis, il y eut l’affaire de la Juventus, le premier vrai dossier de dopage dans le football.
En quoi consistait ce «dopage turinois»?
Là, tout se basait sur une analyse approfondie de 280 médicaments retrouvés dans la boîte à pharmacie du club. Une analyse qui a mis à jour un système de surmédicalisation, que j’appelle du «dopage mental». Il s’agissait d’alterner neurostimulants et antidépresseurs, afin de stimuler les joueurs, puis de les calmer, au moment où il le fallait. Autrement dit, activer un curseur de forme sur les joueurs, en fonction des dates-clés de la saison. Mais ce sont deux sous-fifres qui ont été condamnés (les milieux de terrain Antonio Conte et Alessio Tacchinardi), avant un non-lieu en appel. On attend maintenant la décision de la Cour de cassation italienne.
Que peut-on dire de l’attitude de la Fifa vis-à-vis du dopage?
Qu’elle a toujours prescrit les mauvais contrôles au mauvais moment! En 2002, il n’y avait que des contrôles sanguins, alors que l’EPO se détectait dans les urines. Et en 2006, elle a supprimé ce type de contrôle, pourtant devenu efficace avec le «test Châtenay-Malabry», au profit des contrôles urinaires. Or, on sait désormais très bien contourner ce type de contrôle.
C’est-à-dire?
Le système est maintenant rôdé. En plein hiver, il suffit de faire une cure d’EPO, à l’issue de laquelle on prélève environ un litre de sang surchargé en globule rouge, que l’on congèle, puis que l’on stocke. Et quand arrive le mois de mars, au moment des phases finales des championnats et coupes d’Europe, on se réinjecte ce sang, sans que cela n’apparaisse dans les urines. Trois à cinq jours après la prise de sang, l’EPO est devenu indétectable.
Mais y a t-il un intérêt à se doper dans le foot?
Ça, c’est l’argument de la Fifa : «le dopage ne sert à rien, ce qui compte dans le foot, c’est l’intelligence». Mais on sait très bien que l’EPO augmente la capacité respiratoire et repousse le seuil de la fatigue. Cela permet d’endosser des charges d’entraînement sans douleur.



















