Coupe du monde 2014: Le Brésil en retard à plus d'un stade

FOOTBALL Les travaux sont loin d'être finis à moins de sept mois de l'ouverture de la Coupe du monde...

Julien Laloye

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12 stades accueilleront la Coupe du monde 2014, donct celui de Curitiba.
12 stades accueilleront la Coupe du monde 2014, donct celui de Curitiba. — Epson/SIPA

De notre envoyé spécial au Brésil

Carlos Arcos n'est pas un garçon inquiet. Il faut dire que cet architecte paraguayen a l'habitude des tracasseries administratives locales, une tradition toute brésilienne qui ralentit la construction de «son» Arena da Baixada depuis des années. Située à Curitiba, dans le sud du Brésil, l'Arena da Baixada est censée accueillir quatre matchs du Mondial en juin prochain. On dit bien censé, vu l'état du chantier. Encore que celui-ci ne s'est pas à moitié écroulé comme celui de Sao Paulo, censé accueillir le match d'ouverture.

A Curitiba, les tribunes ne sont  pas encore fermées depuis l'extérieur, le toit rétractable censé rappeler Old Trafford reste à l'état de fantasme et les ouvriers coulent encore du béton dans les coursives. «Ce sera livré à temps, le stade est terminé à 84% assure Carlos. L'Atletico Paranaense (le club local) pourra l'utiliser dès le mois de janvier». Les autorités parlaient encore d'octobre l'été dernier pour contenter la Fifa et son secrétaire Jérôme Valcke, aimablement venu (re)mettre la pression au comité d'organisation moins d'un après avoir menacé de lui «botter les fesses». C'était présomptueux.

Un Mondial à deux vitesses?

Pourtant, le projet de rénovation du stade de Curitiba devait être du cousu main. «Le stade avait déjà été en partie refait en 99, il fallait juste augmenter la capacité en bâtissant une nouvelle tribune», explique Carlos. Tout ça pour moins de 100 millions d'euros, quand le Maracana de Rio facture plus de 500 millions d'euros au contribuable en dix ans. «Le problème c'est que la Banque centrale n'a débloqué l'argent que début 2013, pendant que tout le matériel attendait à côté». Contraint de mettre 11 milliards d'euros sur la table et confronté à des gigantesques chantiers partout dans le pays -rien qu'à Curitiba, il y a en six en cours, dont l'avancement laisse franchement à désirer- l'Etat a en effet dû faire des choix.

Le Brésil a tout misé sur les grandes villes du Nord, concernées par la dernière Coupe des confédérations. Ailleurs, les stades et les réseaux de transports ont pris un (gros) train de retard. «A Manaus, Cuiaba et Natal, qui n’ont plus le temps de faire des appels d’offres, ils vont entrer en période d’urgence. C’est fait exprès afin de voler plus d’argent! expliquait récemment Romario, l'ancien international devenu député. C’est le peuple qui va payer l’addition après la Coupe du monde (…)».

Des ouvriers maltraités, comme au Qatar?

De fait, Dilma Roussef pourrait annoncer rapidement une aide d'urgence de plusieurs milliards d'euros pour que le mondial ne tourne pas à la catastrophe. En attendant, les grandes entreprises privées choisies pour mener les travaux -pas toujours dans la transparence- mettent la pression sur leurs ouvriers. Début septembre, le gouvernement a mis la main sur une centaine d'ouvriers traités comme des esclaves à l'aéroport de Sao Paulo.

Mauvais timing, quand le Qatar se trouve dans l'oeil du cyclone pour tuer ses immigrés par dizaines sur les chantiers. A Curitiba, l'adjoint au tourisme assure que «tous les ouvriers sont employés et rémunérés  correctement». José, 8 ans de métier dans le bâtiment et un poste de soudeur sur l'Arena da Baixada, confirme en partie. «Les conditions de travail sont bonnes, je travaille 40 heures par semaine. Surtout, les procédures de sécurité sont respectées, c'est très important». Ce n'est pourtant pas l'avis d'un juge brésilien, qui a ordonné au début du mois l’arrêt des travaux, estimant «que la sécurité des travailleurs n‘était pas garantie». Une décision royalement ignorée sur place: tenir les délais est à ce prix.