Gaël Sliman (BVA): L’équipe de France peut «faire sauter le petit couvercle de haine assez vite»

Antoine Maes
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Patrice Evra, le latéral gauche de l'équipe de France, lors d'un entraînement des Bleus à Clairefontaine, le 11 novembre 2013.
Patrice Evra, le latéral gauche de l'équipe de France, lors d'un entraînement des Bleus à Clairefontaine, le 11 novembre 2013. — F.FIFE/AFP

Noël Le Graët l’avait qualifié «d’escroquerie». Le 14 octobre dernier, l’institut BVA publiait un sondage désastreux sur l’image des Bleus: 82% des Français avaient alors «une mauvaise image des Bleus». Depuis, il y a eu deux victoires contre l’Australie et la Finlande. Il y a surtout un barrage de qualification pour la Coupe du monde 2014 à jouer. Le double-affrontement contre l’Ukraine peut-il aider les hommes de Didier Deschamps à se réconcilier avec les Français? Eléments de réponse avec Gaël Sliman, directeur-général adjoint de BVA. 

Le désamour des Français avec les Bleus est-il lié au mauvais résultat ou aux attitudes des joueurs?

Les deux. Ce qu’on mesurait dans le sondage mi-octobre c’était un niveau de désamour, voire de haine, assez spectaculaire. On l’avait expliqué à la fois par des résultats assez décevants et en même temps par une attitude terrible des joueurs. Ce bilan là surtout était spectaculaire: pas très talentueux mais aussi pas sympathiques, grossiers, trop payés. Et les trois quarts des gens, mécaniquement, pensaient à Knysna. 

Dans sa fameuse interview, Patrice Evra disait pourtant le contraire…

C’est totalement faux. On n’a aucun doute: 76% des gens, quand ils regardent l’équipe de France, pensent spontanément à Knysna. C’est énorme. Ce qu’Evra essaie de dire, c’est qu’il serait normal que les gens passent à autre chose. Mais certains ont tout fait pour maintenir l’esprit de Knysna. C’est pour ça que les gens ne sont pas passés à autre chose. Si les Bleus avaient montré une autre attitude à l’Euro, on ne serait peut être qu’à 50% d’opinion défavorable. 

Une qualification peut-elle effacer ce sentiment?

Bien sûr que s’ils se qualifient, et encore plus avec la manière, ça peut modifier le niveau de température. Mais il n’y aura pas tous les Français derrière les Bleus au Mondial, il faut qu’ils le sachent. Ça ne va pas se régler dans les 5 jours qui viennent, mais ça peut permettre un premier élément d’amélioration. Je n’exclus pas qu’avec un bon parcours et une bonne attitude au Mondial, on ait effacé Knysna et qu’on ait de nouveaux une majorité de Français derrière l’équipe de France. Mais ça ne viendra pas tout seul. 

Que pensez de ceux qui souhaitent même que la France n’aille pas au Brésil?

Ça, ça peut changer plus vite. On est dans la haine, mais les derniers matchs ont peut-être permis de la rendre moins palpable. Certains ont tellement une mauvaise image des Bleus qu’à la limite on préfère qu’on ne s’affiche pas, qu’on ne se ridiculise pas et on se dit ‘’je ne veux plus revivre Knysna’’. Mais moi je pense que le petit couvercle de haine peut sauter assez vite, avec une qualification, avec la bonne attitude, avec des bons matchs amicaux. 

Est-ce que les variations de cote de popularité sont plus fortes en sport?

Ça existe dans tous les domaines. Après, le sport est plutôt un facteur accentuant, les sinusoïdes sont plus spectaculaires. En politique, on dit qu’on monte par l’escalier et qu’on descend par l’ascenseur. François Hollande est le président le plus impopulaire de la Ve République, mais le même François Hollande était une personnalité inexistante dans les sondages en 2009, on l’appelait ‘’Monsieur 3%’’. Trois ans plus tard, après son élection, il battait tous les records de popularité. 

En cas de défaite, l’image des Bleus peut-elle empirer?

En théorie oui. Dans la pratique, ils sont quasiment à l’os. Pire c’est déjà ce qu’ils sont aujourd’hui. Ils sont au fond du fond de la piscine. Ils peuvent y rester s’ils ne se qualifient pas où s’ils donnent un spectacle pathétique. Mais s’ils continuent à bien bosser, ils peuvent très bien remonter. C’est même le plus probable.