«Football Manager peut devenir un objet addictogène», selon Laurent Karila, psychiatre-addictologue

Antoine Maes
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 Le docteur Laurent Karila
 Le docteur Laurent Karila — D.R.

Si tout se passe bien pour la plupart des utilisateurs, jouer à Football Manager n’est pas forcément sans danger. Alors que l’édition 2014 du fameux jeu de gestion d’un club de foot sort jeudi, Laurent Karila, psychiatre-addictologue auteur de «Accro?» (Flammarion), se penche sur l’addiction aux jeux vidéo et à FM (pour les intimes). 

Est-ce qu’un jeu vidéo peut susciter une addiction au sens médical?

Bien sûr. Les jeux vidéo, et notamment en ligne (ce que n’est pas Football Manager, ndlr), sont plus addictogènes que les jeux sur console. Les victimes sont les «hardcore gamers», ce sont les gens les plus à risques. Tout le monde n’est pas égal devant l’addiction et tout le monde ne devient pas addict. Mais ceux qui le deviennent ne jouent plus pour prendre du plaisir, ils jouent pour ne plus souffrir. 

Quels sont les dangers d’une addiction à jeu vidéo?

Celui qui est addict va faire passer le jeu avant le travail, les activités de couple, de famille… les sujets sévèrement touchés dorment peu. On peut s’aider de substances pour se stimuler, pour être plus performant pendant le jeu. Les cas extrêmes prennent de la cocaïne. 

Comment sait-on qu’on devient addict?

Si on perd contrôle, qu’on ne gère plus rien, qu’on ne règle plus rien dans sa vie, là, on est addict. Après si on se sent un peu trop accro, il faut lever le pied, s’imposer des horaires de jeu. Il faut parfois se faire coacher par une tierce personne. Un pote, sa concubine, qui joue le rôle de guide sans être frustrateur. Et si on n’arrive à rien gérer, il faut aller voir un spécialiste. Pour ceux qui sont très vulnérables, Football Manager peut devenir un objet addictogène.

Est-ce qu’il y assez de prévention sur les risques?

Je trouve qu’il n’y en a pas assez. Qu’on soit jeune ou vieux, il n’y a pas assez de communication autour du risque. Même si c’est ludique, pour s’éclater… je suis pas du tout réac: il ne faut ni banaliser ni diaboliser. En gros, l’éditeur peut dire «trop jouer peut nuire à la santé» mais ça en reste là.