Affaire Evra: Les consultants, ces êtres vilipendés ou intouchables

Romain Scotto

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Bixente Lizarazu et Arsène Wenger lors d'un match contre le Japon, le 12 octobre 2012.
Bixente Lizarazu et Arsène Wenger lors d'un match contre le Japon, le 12 octobre 2012. — REAU ALEXIS/SIPA

Parler devant une caméra ou derrière un micro est une façon comme une autre de rester dans le monde du football. Les consultants l’ont bien compris en prenant une place de plus en plus importante dans les médias français. Etiquetés experts, mais pas toujours reconnus comme tels, les «anciens» n’ont pas attendu la saillie d’Evra pour être violemment attaqués. Cela fait parfois partie du jeu. Et tous ne sont pas visés. Car la caste des «censeurs» du foot français est bien plus hétéroclite qu’il n’y paraît.

L’ex-joueur «dézingueur» (Exemple: Christophe Dugarry)

En plus d’une légitimité sportive, ce consultant possède un atout particulièrement apprécié des médias: sa gouaille. Ses jugements sont directs, tranchés, ce qui peut être moyennement apprécié par les joueurs incriminés. On l’accuse donc facilement de «cracher dans la soupe» ou d’avoir «ses têtes de turc». Di Meco, Bravo, Fernandez, Dugarry, ou Larqué peuvent se reconnaître dans ce tableau. La plupart prennent cette deuxième vie avec un certain détachement: «J’ai moins de pression, moins de souci maintenant, avoue Christophe Dugarry. Je n’ai pas l’impression d’être dur. Je suis direct. C’est mon occupation. Je n’ai pas rêvé de ça. Je le fais parce que ça me plaît.» La reconversion idéale pour Patrice Evra finalement.

L’éditorialiste (Exemple: Pierre Ménès)

Attention, ce consultant n’a pas la légitimité du terrain. Du moins en tant que sportif. Il ne sait donc pas forcément enchaîner huit jongles, mais en tant que passionné, il se vante toujours d’avoir assisté à plus de matchs que quiconque. Il parle aussi très haut (trop haut parfois), provoque, aime être détesté, possède un côté troubadour et il faut bien l’avouer, une certaine éloquence. «Moi, j’ai été journaliste à L’Equipe pendant 21 ans. Mes deux vraies premières fonctions, c’était d’avoir de l’expertise et de l’information, avance Pierre Ménès. Aujourd’hui, c’est sûr  qu’on me demande surtout mon avis. C’est différent. Quand j’étais plus jeune, on se foutait de mon avis, aujourd’hui, non.»

Le technicien pur et dur (Exemple: Reynald Denoueix)

Ce n’est pas dans cette catégorie qu’il faut chercher les plus grands noms. Mais en écoutant parler ces consultants, le téléspectateur ou l’auditeur a l’assurance d’avoir affaire à un expert reconnu dans son domaine. Il ne parle que de ce qu’il connaît et n’est pas là pour juger. Neutralité et finesse d’analyse sont ses deux mots d’ordre. «Je me sens à l’aise quand je parle de technique, de tactique, l’évolution du jeu, la façon dont l’équipe se met en place, note Olivier Rouyer, consultant Canal+ qui se reconnaît dans cette catégorie. Il faut expliquer aux gens ce qui marche et ne marche pas.» De cette manière, difficile de faire des vagues et de se mettre le petit monde du foot à dos. Tout est aussi une question d’intérêt. Bien souvent, ces techniciens ne seraient pas opposés à un retour dans un club pour côtoyer d’encore plus près le haut niveau.

La star intouchable (Exemple: Zinedine Zidane)

Sa parole est rare et chacun de ses mots se lape avec délectation. A vrai dire, peu importe le contenu. L’important, ce sont d’abord les guillemets. Quand Zizou parle, on écoute et se tait. L’entraîneur adjoint du Real est un consultant de luxe sur Canal+ qui met logiquement en scène chacune de ses apparitions. Sur TF1, la voix de la sagesse est incarnée par Arsène Wenger, qui entraîne quelques joueurs en équipe de France. Une autre «icône» qu’aucun joueur n’oserait attaquer publiquement. Les conséquences pourraient être trop importantes.