Waldemar Kita: «Je ne dis pas que je suis plus intelligent aujourd’hui qu’hier»

Propos recueillis à Nantes par David Phelippeau

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Le président du FC Nantes Waldemar Kita.
Le président du FC Nantes Waldemar Kita. — F.Elsner / 20 Minutes

Le ton est enjoué et l’humeur taquine. Le président Waldemar Kita donne l’impression de savourer. Honni de certains supporters depuis son arrivée à Nantes en 2007, l’homme d’affaire franco-polonais surfe sur la vague du succès de sa formation, surprenante cinquième de Ligue 1. 

Comment expliquez-vous cette sérénité qui règne à la Jonelière depuis plus d’un an?

Chacun a appris à se connaître. Je connais par cœur mon coach Michel Der Zakarian et lui me connaît aussi très bien. On n’a rien à se prouver tous les deux et en plus les résultats sont là. 

Vous avez travaillé cet été sans directeur sportif. Pourquoi?

Je suis beaucoup plus méfiant maintenant. C’est très difficile de faire venir quelqu’un en qui Der Zakarian et moi avons confiance. Ce n’est pas évident d’autant plus qu’il ne faut pas oublier que Franck (son fils qui est directeur général délégué) est aussi là. Il est jeune et veut aussi s’imposer. Je ne me vois pas mettre un type entre nous deux autre que Franck. 

Pourquoi êtes-vous tous les deux aussi méfiants?

Moi, je suis plus méfiant par rapport au moment où je suis arrivé ici. Mais, je fais plus confiance que Michel. Je prends plus de risques que lui. Il connaît le milieu du foot. Il ne donne pas sa confiance facilement. 

Beaucoup disent que vous avez changé. Cette question vous agace?

Elle ne m’agace pas, elle me fait rire. On ne change pas les gens comme ça. C’est peut-être parce que les gens ne m’ont jamais vraiment connu. Après, c’est vrai, j’ai pris du recul sur certaines choses car ce n’était pas possible de continuer comme ça. Dans la vie, si on ne tire pas les leçons, c’est qu’on n’est pas bons. Mais, vous savez, il suffit que je perde trois ou quatre matchs de suite et vous allez me dire que je suis le même.  

Vous vous enflammiez plus dans votre discours lorsque le FCN est remonté en L1 en 2008

Au niveau de ma communication, de mes mots, je suis peut-être plus diplomatique, plus politique. Quand j’ai dit un jour que le centre de formation n’était pas une garderie, j’avais raison mais je n’aurais pas dû le dire comme ça. 

Aujourd’hui, vous ne parlez que de maintien. Lors de la remontée en 2008, vous étiez très ambitieux. Qu’est-ce qui a changé?

On m’avait dit si vous prenez tel joueur et tel joueur, vous allez être dans les dix premiers… Moi, je ne voulais pas prendre ces types et j’avais très peur pour la saison à venir. Mais, quand je suis arrivé, on m’a dit qu’il fallait que j’écoute les gens expérimentés. Je n’aurais pas dû. Je ne dis pas que je suis plus intelligent aujourd’hui qu’hier. Ça confirme simplement qu’on est obligés de faire des erreurs pour progresser mais il faut en faire le moins possible et surtout les corriger. 

Votre fils s’est plus facilement fondu au sein du club que vous, non?

Il est à l’écoute et il s’adapte. Il progresse mais c’est normal car s’il ne progresse pas à cet âge-là c’est embêtant. Il m’a déjà recadré et moi aussi, je l’ai recadré. On est un duo père-fils, ça va au-delà de l’entreprise. Il est plus dur que moi. Les gens de sa génération sont des tueurs. Ils ne font pas de cadeaux. Moi, je suis plus souple comme tous ceux de ma génération. 

Vous être trop gentil à vous entendre?

Oui, je suis trop gentil. Personne ne me changera. Je ne suis pas capable de refuser certaines choses quand on me les demande avec respect et que la requête a du sens. 

L’autre soir, à l’arrivée du bus, vous avez été applaudi par certains supporters. Ça signifie que vous pouvez vous promener tranquillement dans Nantes maintenant?

Les gens changent et sont en train de me connaître mieux. Mais, attention, ils ne regardent qu’une chose, ce sont les résultats. C’est fragile.  Pour la première fois, je ne me suis pas fait siffler… Mais il ne faut oublier que Franck s’est quand même fait agresser plusieurs fois en ville. Personne n’en a parlé d’ailleurs. C’est affolant de se poser la question de savoir si je peux m'y promener. Moi, je n’ai jamais eu peur que ça soit avant ou maintenant.