"Je n'aime pas les termes guerriers à la télé"

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Originaire du Pays basque, vous êtes un grand fan de surf…

J’ai découvert ça sur le tard, il y a sept ou huit ans peut-être, par le biais de la photographie. J’aime montrer les ambiances, ce qui se passe derrière, les mecs qui s’échauffent, tout ça. C’est un milieu où les gens sont humbles, où on croise très peu de « cakes ». Ils ont des tonnes d’eau aux fesses et souvent,
s’ils se gaufrent, ils sont morts. C’est sans doute pour cette raison qu’ils ne la ramènent pas. Et puis c’est à la fois un sport individuel, mais aussi une fratrie. Moi de les voir, attendre la vague, s’élancer, recommencer, ça me calme.

Vous n’avez jamais pratiqué?

Ah non ! Moi je suis un terrien! Au-delà de la cinquième vague, c’est un univers qui m’est complètement hostile. Nager ou être en bateau, la seule sensation que cela me procure, c’est l’ennui. Peut-être que j’aurais bien aimé en faire si j’avais découvert plus jeune, mais j’ai grandi en région parisienne, alors…

Quels sports pratiquiez-vous?

Avec mon prof de gym, ça a très mal commencé. Pour me forcer à courir, il prenait sa bagnole et me poursuivait sur la piste. Moi je coupais en diagonale à travers le terrain… Après, j’ai fait du football. Je jouais avec Vélizy. Et puis un jour, je me suis retrouvé sous la pluie à perdre 7-1 à Meudon. Sous la douche, je me suis dit qu’il y avait sûrement mieux à faire de son dimanche que de se faire humilier dans le froid et la boue. Vers l’âge de 15 ans, je me suis mis à l’aïkido. J’adorais ça, mais je n’étais pas très mûr et je ne pouvais pas m’empêcher de déconner. Quand le mec
saluait, je faisais semblant de prier comme un musulman… « Allah Akbar »! De manière générale, j’aime trop la liberté. Si on me dit rendez-vous a 14 h au tas de sable en short blanc, en général j’arrive à 15h en short noir. Après, j’ai joué au tennis. Mais à
la sauvage. La veille, je découpais un jean pour en faire un short. Et au foot, je faisais des matchs à quinze contre dix-sept avec des mi-temps de deux heures.

Quel regard portez-vous sur le football professionnel…

Ça m’énerve! Je n’aime pas les mecs qui crapotent autour, en cravate. Les supporteurs m’insupportent. Et puis je n’aime pas les termes guerriers qu’on utilise à la télé, à la radio pour parler du foot.Même à Canal… Les bandes annonces de match, c’est hyper violent. Le sport que j’ai vraiment suivi, c’est la F1. J’ai vécu douze ans à Monaco! Mais elle m’intéresse moins depuis qu’il y a Ecclestone [Bernie, le grand argentier de la F1]. Ce bonhomme a tout cassé.Moi, je me souviens de Graham Hill en slip sur une table de resto. La Formule 1, c’était ça : des gentlemans qui tutoyaient la mort et après se lâchaient. Maintenant, Michael Schumacher, c’est peut-être le meilleur des
pilotes,mais c’est un verre d’eau. Il ne boit pas, il ne fume pas, il ne doit même pas sentir la sueur.

A Groland, vous avez inventé quelques sports ?

Le sport vraiment national, c’est le jokari. Après, y’a le « golf à mulot », où tu remplaces la balle par un mulot. Et puis la « boule à vach’ ». C’est de la pétanque,mais tu lances les boules sur des vaches…On a aussi le casking : tu portes un casque de VTT, tu fais le pas du patineur, sauf que tu es en chaussures normales…Je me souviens aussi du ski de fond sans neige ou du rallye en roulades arrière.

Recueilli par Grégory Magne (Kaora Press)