Tour de France 2013: Une étape dans le gruppetto, la course des attardés

Romain Baheux

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Mark Cavendish (à gauche) est l'un des habitués du gruppetto en montagne.
Mark Cavendish (à gauche) est l'un des habitués du gruppetto en montagne. — 20 MINUTES / DR

De notre envoyé spécial à Annecy-Semnoz (Haute-Savoie) 

Sur les dernières pentes du col de la Madeleine vendredi, Mark Cavendish balance son vélo dans tous les sens, le visage tordu par la douleur. Pas besoin d’être un expert du vélo pour voir que le coureur d’Omega-Pharma hait la montagne. Loin des arrivées au sprint où il peut exprimer toute sa puissance, le Britannique souffre en attendant l’arrivée à Paris dimanche. Dans sa douleur, il a l’avantage de ne pas être seul. Outre quelques équipiers, Cavendish est en compagnie d’une dizaine de coureurs dans l’ascension du col alpin, qui constituent ainsi le gruppetto. Un terme cycliste utilisé pour désigner ces coureurs qui arrivent groupés dans les étapes de montagne, parfois près d’une demi-heure après les meilleurs, à un rythme bien moins élevé dans les cols avec une obsession: arriver dans les délais et ne pas être disqualifiés. 
 
«De l’extérieur, les gens ne comprennent pas pourquoi on arrive vingt à trente minutes plus tard, raconte le coureur d’Europcar Yohann Gène. On pourrait s’accrocher au maximum et finir avec un quart d’heure de retard mais il faut garder des forces pour le reste de la course.» A l’arrière, on retrouve les sprinteurs phares du peloton, un ou plusieurs de leurs équipiers et des rouleurs guère adeptes des pourcentages trop élevés. «Il y en a souvent un qui crie «gruppetto» pour rassembler les coureurs», poursuit Gène. «On repère où sont les sprinteurs, explique Cyril Lemoine de la formation Sojasun. Tu sais aussi que tu craques en même temps que tel ou tel coureur donc quand il se relève, tu te relèves aussi pour rejoindre l’arrière.» 
 
«Les gens nous traitent de fainéants» 
 
Démarre alors une course-poursuite pour ne pas finir hors-délais. L’allure est simple: doucement dans les cols, à fond dans les descentes et en plaine pour éviter que le retard sur le peloton enfle. «Si ça va trop vite dans les montées, ça gueule rapidement, poursuit Lemoine. Souvent, on gère bien la chose, on demande à nos directeurs sportifs combien de temps on a pour rallier l’arrivée. Les coureurs qui n’ont pas l’habitude d’être dans le gruppetto stresse toujours un peu, il faut les rassurer.» «Quand on sait qu’on est dans les délais, on grimpe le col tranquillement et on discute un peu, poursuit Gène. Mais le reste du temps, ça roule.» 
 
Rouler au sein du gruppetto, c’est également subir les railleries du public, assez ironique envers ces piètres grimpeurs qui ferment la route du Tour. Après quelques verres de rouge et le passage des échappées, les commentaires peuvent être cinglants. «Quand on grimpe les cols à notre allure, on entend «bande de fainéants» ou «allez plus vite!», décrit Cyril Lemoine. C’est assez énervant après cinq heures de vélo et ça nous arrive de répondre méchamment.» Et de penser fortement au proche retour dans les plaines.