Roland-Garros 2013: Ernests Gulbis, «l’anomalie» du circuit sur le chemin de Gaël Monfils

A Roland-Garros, Antoine Maes
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Le Letton Ernests Gulbis, le 27 mai 2013, à Roland-Garros.
Le Letton Ernests Gulbis, le 27 mai 2013, à Roland-Garros. — MARTIN BUREAU / AFP

Ernests Gulbis serait fou. Quarantième mondial, pétri de talent, adversaire de Gaël Monfils au 2e tour mercredi. Mais fou. C’est la réputation de ce Letton de 24 ans sur le circuit: fêtard, fainéant, vantard. En mai, à Rome, il prend un set à Rafael Nadal, perd quand même mais se trouve malgré tout «plus fort» que l’Espagnol. «Si être le meilleur c’est frapper le plus fort, peu importe si la balle est dans le terrain ou non, servir tour le temps à 216-220km/h, peut-être que Gulbis était le meilleur aujourd’hui», lui répond «Rafa». 

Il avait pourtant promis s’être calmé, après des mois à diluer son potentiel sans donner l’image de quelqu’un qui voudrait changer les choses. «Travailler dur peut éventuellement payer. Je ne voulais pas le croire. Mais aujourd’hui, si je devais arrêter ma carrière, j’aurai beaucoup de regrets», expliquait-il en mars dernier à USA Today. Après des années avec un coach letton, celui qui a grandi à Jurmala, le Saint-Tropez letton, a d’ailleurs décidé de confier son avenir à l’ancien mentor de Boris Becker. 

«A Riga, il va dans les mêmes endroits que tout le monde, donc son image c’est celle d’un pote»

 Sauf qu’on ne le changera pas si facilement que ça. «Il skype pendant des heures avec ses potes. Quand il vient à Riga, il prend une table VIP pour tous ses potes, ils se bourrent la gueule», raconte Patrick Kaboza, journaliste pour le journal letton Diena. Pour lui, Gulbis, fils de riche négociant en bois (mais pas millionnaire) et d’une comédienne de théâtre très connue, n’a de toute façon jamais été réellement taré. «Elle est réelle sa légende, mais il faut comprendre la mentalité lettone. Là-bas, si tu vas au théâtre, tu peux croiser le président et lui dire bonjour, poursuit le journaliste. A Riga, tu as trois boîtes de nuit, et lui va dans les mêmes endroits que tout le monde, donc son image c’est celle d’un pote». 

Même s’il est (et de loin), le meilleur joueur de son pays, il ne vit pas avec une immense pression populaire. Patrick Kaboza: «En Lettonie, les filles ne se battent que pour les basketteurs et les hockeyeurs. C’est pour ça qu’il fait la fête: parce qu’on le laisse tranquille et qu’on ne fait pas attention à lui.» Pour faire mieux, il faudrait sans doute qu’il accepte un peu mieux l’autorité, mais aussi qu’il fasse le choix de l’exil. «Les gens du circuit pensent que c’est une anomalie. S’il était dans un cadre avec des gens du sérail, il deviendrait un danger.» En attendant, il préfère toujours boire des bières.