Valérie Fourneyron: «Le sport plutôt qu'une longue liste de médicaments»

INTERVIEW La ministre des Sports entend poursuivre jusqu'au bout son projet de politique sport santé...

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

La ministre des sports, Valérie Fourneyron, le 15 mai 2013 au ministère des sports à Paris.
La ministre des sports, Valérie Fourneyron, le 15 mai 2013 au ministère des sports à Paris. — V.Wartner/20minutes

Médecin de formation, ancienne membre du staff médical de l'équipe de France de volley, la ministre Valérie Fourneyron croit fermement au sport comme outil de santé publique. Depuis novembre, elle suit de près les expérimentations menées dans certaines villes françaises, comme à Strasbourg où des médecins prescrivent du sport sur ordonnance. A terme, elle rêve d’un modèle élargi de cette politique pour améliorer le bien-être des Français. Mais aussi réduire les coûts liés au traitement des pathologies les plus lourdes…

L’expérimentation à Strasbourg est-elle concluante?

C’est une priorité que je porte fermement. Le sport plutôt qu’une longue liste de médicaments. Les chiffres sont clairs. Le nombre de décès liés à la sédentarité est réduit de 10% (grâce au sport), les maladies cardiovasculaires de 20%. On a un véritable outil de santé publique avec le sport. C’est pour cela qu’on a mis des moyens et encouragé la mise en place de ces réseaux «sport santé». A Strasbourg, il a une forme particulière dans le cadre d’un contrat local de santé. Là-bas, plusieurs médecins prescrivent une activité sportive à un public à risque. Ils orientent leur patient vers un éducateur sportif. En fonction de ses désirs, il peut être orienté vers un club d’aviron, de la rando, du vélo. Pour l’instant, l’ensemble du dispositif est financé publiquement. Par la Ville, l’agence régionale de santé. Ce n’est pas un remboursement d’ordonnance.

Pas encore, peut-être?

Pas encore. Ce qui est sûr c’est que la prescription de sport existe déjà. Quand on sort d’une intervention cardiaque, vous avez une réadaptation physique prise en charge. Chez les grands insuffisants respiratoires aussi. Maintenant, ça n’existe pas pour tout le monde. On a besoin de multiplier les initiatives. On a besoin d’avancer et d’évaluer ce qu’on fait. Il y a de plus en plus de place pour le sport dans les projets régionaux de santé. Les mutuelles, dans leurs contrats responsables, commencent à rembourser l’activité sportive. On progresse sur la prescription non médicamenteuse. L’ensemble des acteurs réalisent quel est le gain économique.

Quelle est l’économie réalisée? Selon l’Imaps, société rattachée à la Mutualité française, la sécurité sociale économiserait chaque année 56,2 millions d'euros en finançant 150 euros une activité physique ou sportive…

On sait qu’on fait des économies. Ce calcul est peut-être juste, mais il y a des étapes. Ce n’est pas comme si tout le monde se mettait au sport d’un seul coup. C’est plus pondéré et inscrit dans la durée. Il est évident que la prescription non médicamenteuse, grâce au sport, va nous faire faire des économies de dépense de sécu. Si les mutuelles s’inscrivent dans cette démarche, elles savent que ce sont des gens qui vont coûter moins cher en termes de soin. C’est du gagnant-gagnant à tous les niveaux.

A quelle échéance le projet pourrait-il être étendu au niveau national?

C’est ce qui se passe en Champagne Ardennes. A l’hôpital, il y a un atelier où on passe par les clubs sportifs. Tout fonctionne en réseau. Il est important d’avoir les médecins avec nous. L’exemple strasbourgeois est excellent, mais il n’y a pas que là-bas qu’un médecin peut prescrire du sport. A Amiens par exemple. Il y a d’autres réseaux «sport santé» qui fonctionnent bien. Mais l’enjeu est plus grand. Il faut aussi qu’il y ait plus d’accès au sport à l’école, à l’université. Nos étudiants font de moins en moins de sport.

Dans un modèle poussé, le pratiquant lambda peut-il rêver d’avoir une licence remboursée par la sécu?

C’est un modèle évident. La première étape est qu’il y ait une prise en charge de sa licence par la sécu ou une mutuelle parce qu’on a évalué l’économie que ça nous ferait faire. Ca s’accélère. Parfois le certificat médical est un frein aussi. On travaille sur sa simplification. On n’a pas forcément besoin d’un certificat quand on ne fait pas de compétition. Le sport est indiqué pour tout le monde. Et contre-indiqué pour un tout petit nombre.

Comment inciter les gens à faire plus de sport?

On a beaucoup d’inégalités d’accès au sport. Parce qu’on a une offre sportive qui a été tournée vers la compétition. Pour beaucoup de gens, le club sportif est un endroit où on ne fait que de la compétition. Notre offre doit évoluer. Il faut aussi que le mouvement sportif réalise que son offre n’est pas une offre de loisir. Qu’il y ait plus de gens qui aient accès aux sports, c’est aussi faire en sorte que nos gymnases ne soient pas fermés à 18h. Ils pourraient bénéficier à d’autres. On part d’un peu loin.

Est-ce LA priorité de votre ministère aujourd’hui? Plus qu’une candidature aux JO ou la lutte contre le dopage?

C’est une très grosse priorité. Le sport tout au long de la vie pour le plus grand monde. Ça permet d’ouvrir beaucoup de chantiers et pour moi, c’est essentiel parce que là, on a un retard manifeste. A l’étranger, le Canada, c’est pas mal. J’ai vu les résidences de personnes âgées où on fait faire des activités physiques. Dans les pays scandinaves aussi.

Militez-vous aussi pour une augmentation du nombre d’heures de sport à l’école?

Oui, mais on a perdu 7.000 profs d’EPS ces dernières années. On a vraiment besoin d’être au rendez-vous de l’école. Et 3h par semaine, c’est assez quand ce sont des heures effectives. Il faut aussi permettre aux enfants d’avoir le temps périscolaire d’une activité sportive en dehors de l’école. Dans la refondation du rythme scolaire, la place du sport est importante.

C’est une politique qui s’inscrit dans le très long terme. Avez-vous l’assurance d’être à cette place en cas de remaniement?

Je suis mobilisée tous les jours et je ne me pose pas ce type de question. Je m’engage. J’ai envie que cette politique «sport santé» avance. Il faut évidemment s’inscrire dans la durée et mener ses responsabilités à fond. C’est un projet qui s’inscrit dans une évolution pour notre pays.

En tant que ministre, vous arrivez encore à faire du sport?

Le vélo, j’essaie de le prendre quand j’arrive chez moi.  Mais même une fois par semaine, c’est difficile.