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Après le dopage et les affaires, la nouvelle vie de Philippe Gaumont s'écrit dans les frites

Après le dopage et les affaires, la nouvelle vie de Philippe Gaumont s'écrit dans les frites

CYCLISMEL'ancien coureur de la Cofidis s'est installé à Lens...
A Lens, François Launay

A Lens, François Launay

C’est un temple de la frite lensoise. Le genre d’endroit où on refait les matchs du Racing autour d’un américain et d’une pression. Ô Déjeuner, l’ex friterie Sensass, installé au beau milieu de la place du Cantin est célèbre pour ses frites, ses sauces Hannibal, Samourai ou encore Chti, mais aussi et surtout pour son gérant. Affûté comme à ses plus belles  heures, Philippe Gaumont porte beau à la veille de ses 40 ans. Depuis un an et demi, cet ancien cycliste professionnel a pris ses quartiers dans l’Artois.

Une nouvelle affaire pour celui qui a déjà géré un bar PMU dans l’Oise mais aussi un restaurant et une boîte de nuit à Amiens. «On a racheté ici car le Louvre Lens arrivait. Même si on a hésité un peu car à l’époque Lens descendait en Ligue 2», raconte Gaumont. Aujourd’hui, l’ex coureur n’a aucun regret. À la tête d’une entreprise de 33 salariés, le gérant fait tourner la boutique avec succès. Sans aucune nostalgie. Dans la brasserie, seules deux photos accrochées au mur rappellent son passé de cycliste «Et encore, c’est mon personnel qui a insisté pour les mettre. Quand on veut se reconvertir, il faut tourner la page définitivement», lâche le quadragénaire.

«Être dans une bagnole avec un pinpin qui vous casse les couilles en vous demandant comment vous pissez, ça ne m’intéresse pas»

Sa reconversion, Philippe Gaumont en est fier. Pas un instant, il n’a voulu imiter nombre d’anciens coureurs devenus VRP sur le Tour de France. «Être dans une bagnole avec un pinpin qui vous casse les couilles en vous demandant comment vous pissez, ça ne m’intéresse pas. Pour moi, c’est une sorte de dépression d’aller là-bas. Je préfère le voir à la télé». Surtout, Gaumont ne serait pas forcément le bienvenu sur la Grande boucle. Car le Picard est devenu l’enfant terrible du vélo français depuis un sombre jour de janvier 2004.

Quand Robert Sassonne, l’un de ses amis pistards placé en garde à vue, balance que le coureur lui a revendu une boîte de six ampoules d’EPO. Le début de l’affaire Cofidis. « On m’a arrêté comme un gangster. Les policiers ont fait les beaux. On a traversé les champs Elysées avec la sirène. Ils m’appelaient même le Colombien», se souvient le coureur alors chez Cofidis. Placé en garde à vue au quai des Orfèvres, Gaumont décide de tout balancer sur les us et coutumes du peloton. Dans la foulée, il met un terme à dix ans d’une carrière jalonnée de hauts, de bas et surtout de plaisir. «Quand j’entends dire que le vélo c’est dur: je dis non. On gagnait de l’argent, on nous lavait notre vélo, notre linge. On était adulé. On avait des nénettes en claquant des doigts. Putain, c’est beau d’avoir vécu ça» reconnaît Gaumont.

«Je suis toujours un branleur»

Parmi ses succès, deux courses font toujours sa fierté: le bronze obtenu en 92 aux JO de Barcelone sur le cent kilomètres par équipes «une médaille pure» et aussi sa victoire sur Gand Wevelgem en 1997, la plus belle de toutes. «Il n’y a que trois Français qui l’ont gagné : Anquetil, Hinault et moi. Il y a une fierté. Et puis je gagne devant de gros morceaux comme Museeuw». Seul regret: sa lourde chute dans Paris-Roubaix en 2001, un jour où il se sentait très fort. «C’est un tournant dans ma carrière. Je ne vois pas qui aurait pu me battre ce jour-là. Mais le destin en a choisi autrement. J’ai eu une fracture ouverte du fémur et j’en ai encore des séquelles». Des séquelles physiques mais pas mentales. Enfin presque. S’il se dit plus mature, plus posé avec sa femme et ses trois enfants, l’ancienne tête brûlée a toujours un grain de folie. «Je suis toujours un branleur. Je ne serai jamais sur le droit chemin. Quand je fais une bringue, je la fais à fond. Si j’ai envie de baiser une nana, je vais baiser une nana. Les excès ne sont pas finis. D’ailleurs je fais une grosse fête ce week-end pour mes 40 ans». Non, Philippe Gaumont n’a pas changé.