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Mondiaux de karaté: «L'objectif, c'est la maîtrise, pas de montrer du sang»

Mondiaux de karaté: «L'objectif, c'est la maîtrise, pas de montrer du sang»

INTERVIEW – Gilles Cherdieu, multiple champion du monde, continue de penser que le karaté, dont les Mondiaux démarrent mercredi à Paris, mérite d’être un sport olympique…

Quarante ans après, les championnats du monde de karaté sont de retour à Paris, de mercredi à dimanche à Bercy. L’équipe de France, comme à son habitude, y livrera un duel furieux avec le Japon pour terminer première. Avec l’espoir d’influencer positivement le CIO dans le but d’intégrer enfin les JO d’ici 2020, la seule solution «pour qu’on reconnaisse enfin le karaté comme il le mérite», selon Gilles Cherdieu, double champion du monde en individuel au début des années 2000.

Le karaté a six fois plus de pratiquants que le judo dans le monde. Pourtant, ces mondiaux s’ouvrent presque dans l’anonymat…

C’est tout le problème de notre discipline. Elle est belle à voir lorsqu’elle est pratiquée à très haut niveau mais elle est considérée comme mineure au niveau médiatique alors qu’elle est très représentée sur tous les continents. Ce manque de reconnaissance, c’est toute la différence entre être un sport olympique et ne pas l’être.

Faire les JO, c’est indispensable à ce point-là?

Ce n’est pas une fin en soi, mais je peux vous dire qu’à mon époque, j’ai vu la différence avec des gens comme David Douillet ou Laura Flessel, en termes d’accompagnement du ministère et de l’appui des partenaires.

Pourquoi le karaté n’arrive-t-il pas à convaincre le CIO, quand le taekwondo y est arrivé?

Chaque art martial a eu un pays pour le défendre et le porter jusqu’aux JO. Le judo a eu le Japon, le taekwondo a eu la Corée du Sud… Pour l’instant, il n’y a pas d’équivalent en karaté, même si ces Mondiaux à Paris pourraient être un déclencheur. La France a l’habitude de finir dans le trio gagnant des grandes compétitions, ça peut faire bouger les choses.

Est-ce parce que l’on parle d’un sport trop violent?

Au contraire. Aujourd’hui, on ne veut pas montrer du sang, comme il y a quelques années. Si, sur un assaut, on voit une dent qui vole ou une mâchoire cassée sur un coup de pied bien porté, le grand public ne va pas accrocher et le CIO non plus. L’objectif du karaté, c’est de mettre en avant la maîtrise de soi. Partir à la vitesse de la lumière mais s’arrêter à quelques centimètres du visage pour ne pas porter de préjudice physique à l’adversaire.

Ça revient un peu à dénaturer la discipline et à la rendre moins spectaculaire du coup?

C’est sûr qu’il y a une pédagogie à faire auprès du grand public. Le karaté cherche à véhiculer la notion de contrôle. Ça veut dire qu’on peut toucher, mais très légèrement. S’il y a blessure, le point ne sera pas comptabilisé. En gros, on est capables de mener des techniques au bout et de frapper, mais ce n’est pas l’objectif.

Le karaté est donc prêt à toutes les concessions pour devenir olympique?

Pas du tout. Je ne crois pas que le judo ait vendu son âme pour les JO. On parle d’une discipline sportive qui doit avoir des règles claires. On a tenté de mettre des casques pour pouvoir frapper plus fort, mais ce n’est pas encore au point, donc on préfère s’arrêter avant. Après, ça reste un sport de combat et de contact, j’ai eu assez de points de sutures sur le visage pour le confirmer.