Vendée Globe/Alain Gautier: «Dans le pot au noir, j’ai essayé de faire cuire un œuf sur le pont de mon bateau»

VOILE Le vainqueur de l'édition 1992-1993 du Vendée Globe raconte ses souvenirs de la mythique zone climatique…

Propos recueillis par Romain Baheux

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Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1992-1993.
Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1992-1993. — GIUSEPPE CACACE / AFP

Les leaders doivent l’aborder dans la nuit de dimanche à lundi ou lundi dans la matinée. Voire un peu plus tard. Car ce qu’il y a de très compliqué dans le pot au noir, zone climatique située de part et d’autre de l’Equateur, c’est de savoir comment et combien de temps les navigateurs vont mettre pour le traverser. A la croisée des vents des hémisphères nord et sud, le pot au noir est le premier passage clé de ce Vendée Globe. L’ancien vainqueur de la course Alain Gautier décrit pour 20 Minutes la difficulté de ce passage.

Qu’est ce qui rend le pot au noir si difficile à aborder?
C’est une zone de convergence des vents des deux hémisphères qui ne tournent pas dans le même sens selon qu’ils viennent du nord ou du sud. C’est une zone tampon où le vent peut se perdre. Même avec les systèmes de prévisions météorologiques récents, ça reste une zone compliqué à passer. Les vents changent souvent de sens, la zone peut s’étendre de 30 à 600 kilomètres selon la nature des vents. Parfois, on le traverse sans s’en rendre compte. D’autre fois, c’est bien plus difficile.
 
Quelle influence peut-elle avoir sur la course?
On peut très vite creuser un écart. Les bateaux modernes prennent bien plus rapidement de vitesse qu’auparavant. Vous pouvez très bien aborder le pot au noir en même temps qu’un autre concurrent, vous retrouver dans une zone sans vent et perdre une cinquantaine de milles en quelques heures. En 1989 sur le Vendée Globe, je ne suis pas très loin derrière Titouan Lamazou, je passe à la même latitude que lui mais les vents ne me sont pas favorables. J’ai perdu trois ou quatre places dans ce secteur. A l’inverse, je le passe très bien avec Bertrand de Broc en 1992 et on creuse l’écart sur le reste des concurrents.
 
Que faire quand on se retrouve dans une zone sans vent?
C’est la hantise des navigateurs car on devient impuissants à ce moment-là. Il faut attendre que le système météo change pour tenter de repartir. Le vent peut très vite revenir. Sur la transat Jacques-Vabre en 2005, un trimaran avait chaviré dans le pot au noir car il n’avait pas assez vite modifié sa voilure. On peut s’épuiser à changer les voiles car il fait très chaud dans cette région du globe et on peut être amené à refaire la manœuvre plusieurs fois pour sortir d’une zone sans vent.
 
La chaleur, c’est l’autre ennemi du navigateur dans le pot au noir?
C’est très pénible. Même dans la cabine, il fait chaud. On dort mal, on se repose moins qu’ailleurs. En 1989, il faisait tellement chaud sur mon pont en aluminium que je ne pouvais pas marcher dessus pieds nus. J’avais même essayé de faire cuire un œuf. Bon, je n’y étais pas arrivé mais il faisait vraiment très chaud.
 
Dans quel sens est-il plus compliqué à prendre?
Vers le Sud. Plus on va à l’Ouest de l’Afrique, plus la zone est facile à prendre même si vous pouvez parfois tomber sur des zones difficiles à franchir. L’Afrique a un effet thermique très étendu, c’est pour cela que les concurrents se sont déportés un peu vers l’Ouest. Au retour, quand ils iront vers le Nord au large du Brésil, ça sera plus simple.