A.V.
Coup de tonnerre dans la communauté scientifique des mathématiques. Après la publication par Open AI de près de 700 articles revendiquant avoir résolu des centaines de problèmes, dont certains qui persistaient à tenir en échec l’humanité, les mathématiciens s’interrogent sur leur avenir.
Pour saisir un peu la profondeur de cette nouvelle, 20 Minutes a contacté Susanna Zimmermann, une jeune chercheuse suisse, professeur à l’université de Paris-Saclay, actuellement détachée à l’université de Bâle. Elle nous fait part « du choc dans la communauté » qu’a créé cette annonce et des perspectives d’organisation des mathématiciens face à la vague IA.
Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?
La nouvelle a fait des vagues et crée un choc dans la communauté. Open IA a produit de longs papiers dont il n’est pas encore clair qu’ils soient corrects. Quelques erreurs ont déjà été trouvées.
Mais je crois que ce n’est pas nécessairement l’exactitude qui intéressait Open IA. Cela leur permet de faire parler d’eux, de montrer leur force avec des modèles d’intelligence pas encore accessibles au public.
Aussi, quels concepts a mobilisés l’IA ? Où les a-t-il trouvés ou appris ? Y a-t-il eu du vol de données ? A-t-il pu avoir accès aux data de certains chercheurs qui utiliseraient l’IA ?
Est-ce la fin de la recherche en mathématique ?
Je ne sais pas à quel point les IA peuvent produire des idées nouvelles, des concepts nouveaux. Pour le moment, il semble que l’IA n’a mobilisé que des techniques standards. Il n’y a pas dans la publication de ces récents articles d’idées nouvelles. Et il y a encore beaucoup d’autres problèmes mathématiques à résoudre. Open AI s’est emparé des plus fameux, l’échantillon d’une liste publique de problèmes actuellement ouverts.
Et les mathématiques sont la compréhension d’abstraction, et on ne sait pas non plus encore quelles sont précisément les capacités des IA. En dehors du résultat, leur processus de réflexion, leur abstraction, est-il correct ?
Vous parliez de « choc pour la communauté » ?
Oui, même si des publications avec des résultats à venir avaient été annoncées par Open AI, la masse de publication nous a surpris. Cela a aussi contraint de nombreux collègues, j’en connais personnellement cinq, qui étaient proches de résoudre des problèmes et qui se sont faits « doublé par l’IA », à précipiter leur publication de résultats partiels. C’est un choc pour eux.
Comment envisagez-vous l’avenir des mathématiques à cinq ou dix ans ?
Je crois que l’IA change la manière par laquelle la communauté pense des problèmes et leur résolution. Cela change aussi la place des publications pour obtenir un poste et le recrutement des membres permanents. Parce qu’aujourd’hui, le nombre de publications est un critère important, mais si à l’avenir beaucoup de publications sont faites par l’IA, quelles valeurs leur accorder ?
Certains journaux spécialisés ont déjà annoncé ne pas accepter les publications faites par IA. D’autres prennent le parti opposé. La communauté scientifique, qui doit apporter une réponse mondiale et n’a pas pour habitude de s’organiser à cette échelle, est en discussion pour réaliser et décider où aller, avec un risque de scission.