« C’est révolutionnaire » ! Un singe a réussi à imaginer des objets et à « faire semblant »
animaux•Une étude publiée dans la revue « Science » révèle qu’un bonobo a aussi de l’imagination20 Minutes avec agence
Et si l’imagination n’était pas l’apanage de l’espèce humaine ? C’est en tout cas ce que suggère une étude publiée dans la revue Science et relayée par Sciences et Vie. Les chercheurs y démontrent qu’un bonobo adulte est capable de suivre des jeux de rôle impliquant des objets fictifs. Autrement dit, il pourrait jouer « à faire semblant ».
Menée par Amalia Bastos, de l’Université de St Andrews, et Christopher Krupenye, de l’Université Johns Hopkins, l’étude s’est appuyée sur l’observation du célèbre bonobo Kanzi, décédé à l’âge de 44 ans.
Trois tests pour évaluer l’imagination
Afin de déterminer s’il était réellement en mesure de suivre des scénarios purement imaginaires, Kanzi a été soumis à trois expériences reposant sur des gestes symboliques simulant des actions concrètes.
Lors de la première expérience, les chercheurs ont fait semblant de verser du jus dans deux gobelets transparents à l’aide d’un pichet vide, avant de transvaser l’un des « faux » contenus dans le récipient. Dans la grande majorité des cas, le singe a correctement désigné le verre censé toujours contenir la boisson fictive, montrant qu’il comprenait le concept de ce jus imaginaire.
Dans un second test, l’un des verres contenait du vrai jus, l’autre du faux. Le bonobo a alors presque systématiquement choisi celui contenant le liquide réel, confirmant sa capacité à distinguer les actions imaginaires des actions réelles. Enfin, lors d’une troisième mise en scène, des raisins imaginaires ont été placés dans deux bols, puis retirés de l’un d’eux. Là encore, Kanzi est parvenu à identifier le bol où restaient les fruits fictifs.
« Ça change la donne »
Il s’agit de la première étude expérimentale montrant qu’un primate non humain est capable de représenter mentalement un objet inexistant de manière stable et cohérente. Une avancée que Christopher Krupenye qualifie de majeure dans les colonnes du Times : « Ça change la donne […]. L’imagination a longtemps été considérée comme un élément crucial de la nature humaine, mais l’idée qu’elle ne soit pas exclusive à notre espèce est vraiment révolutionnaire ».
Ces résultats soulèvent des questions vertigineuses. Si Kanzi est capable de suivre des scénarios fictifs, cela pourrait indiquer que la faculté de représenter des objets absents ne remonte pas uniquement à l’apparition d’Homo sapiens, mais qu’elle aurait émergé chez un ancêtre commun aux humains et aux bonobos, il y a entre 6 et 9 millions d’années.
Les chercheurs appellent toutefois à la prudence. L’environnement humain dans lequel Kanzi a évolué dès sa naissance a pu façonner ses capacités cognitives. Il s’agit d’un cas exceptionnel, difficile à généraliser à l’ensemble des bonobos, voire aux chimpanzés. « Nous ne disons pas que tous les bonobos possèdent cette capacité, mais que c’est possible », confie ainsi la chercheuse Amalia Bastos dans The Guardian.



















