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Ouragan Melissa : Comment les agences spatiales du monde entier aident les pays sinistrés pour l’après
coopération•Face aux catastrophes comme l’ouragan Melissa, qui touche les Caraïbes depuis mardi, un dispositif permet aux pays touchés de recevoir gratuitement des données satellites et des cartes afin de cartographier les dégâts et organiser les secoursManon Minaca
L'essentiel
- L’ouragan Melissa, le plus puissant à toucher terre depuis 1935, frappe les Caraïbes depuis mardi, causant des dizaines de morts et des « dévastations à des niveaux jamais vus » selon l’ONU.
- Face à cette catastrophe, plusieurs pays ont activé la Charte internationale espace et catastrophes majeures, un dispositif qui mobilise 270 satellites d’observation de la Terre pour fournir gratuitement des images et cartes des zones sinistrées.
- Ce système ultraréactif, activé 998 fois depuis 2000, permet d’évaluer précisément les dégâts pour orienter les secours et planifier la reconstruction.
Des dizaines de morts, des « dévastations à des niveaux jamais vus »… L’ouragan Melissa, le plus puissant à toucher terre depuis 1935 avec des vents atteignant les 300 km/h, frappe les Caraïbes depuis mardi. La Jamaïque, « zone sinistrée » après le passage du phénomène extrême, a été la première à subir ses foudres, mardi, suivie par Cuba, où les dégâts sont « considérables ». Mercredi, l’ouragan a frappé de plein fouet Haïti, où on recense la plupart des décès, et se dirigeait vers les Bahamas et les environs des Bermudes.
Si le passage de la tempête est un moment particulièrement violent et difficile à gérer pour les autorités, l’après l’est tout autant, entre aide et gestion de la population sinistrée et mise en place de solutions pour les jours, semaines et mois à venir. Face à l’ampleur et la difficulté de la tâche, la Jamaïque et Cuba, mais aussi la République dominicaine, ont fait appel à un dispositif mis en place par des agences spatiales du monde entier : la Charte internationale espace et catastrophes majeures, qui permet la mise à disposition gratuite de données issues de satellites d’observation de la Terre lors de catastrophes majeures.
Orienter les secours et la reconstruction
Proposé par le Centre national d’études spatiales (Cnes) et l’Agence spatiale européenne (ESA) en 1999, le dispositif est opérationnel depuis le 1er novembre 2000. Aujourd’hui, 17 membres, en majorité des agences spatiales du monde entier, mais aussi des exploitants de satellites, adhèrent à la Charte et donnent accès gratuitement à leurs données en cas de catastrophe majeure d’origine naturelle ou humaine : glissements de terrain, inondations, tremblements de terre, tempêtes, éruptions volcaniques, marées noires, déraillements de trains, explosions, crashs aériens, etc.
Concrètement, 270 satellites d’observation de la Terre sont mobilisables en urgence à n’importe quel moment pour fournir le plus rapidement possible des images des zones sinistrées et des cartes, des informations impossibles à obtenir depuis le terrain. L’objectif est simple : évaluer les dégâts de manière précise pour orienter les secours et l’aide humanitaire et planifier et chiffrer la reconstruction. Les données recueillies, ainsi que leurs dérivés comme des statistiques ou des cartes détaillées des bâtiments détruits, des zones inondées et des routes endommagées par exemple, sont principalement destinées aux décideurs et aux organisations de protection civile, équipes de secours et ONG présentes sur le terrain.
Un dispositif ultraréactif
N’importe quel pays ou organisme national de gestion de crise peut demander de manière autonome l’activation du dispositif, à condition d’être un « utilisateur autorisé », précise le Cnes sur sa page dédiée. Pour cela, il suffit de remplir un formulaire et de répondre à trois critères : avoir un mandat national de gestion de crise, parler anglais et être en capacité de traiter des données satellites. Aujourd’hui, près de 100 pays disposent ainsi d’un accès autonome à la charte. Les autres peuvent demander l’activation du dispositif par un autre pays ou par l’ONU.
Une fois la demande d’aide transmise lors d’une catastrophe majeure, tout va très vite (et c’est le but) : la demande est authentifiée et validée par des opérateurs de la Charte et les satellites les mieux adaptés à la situation sont identifiés dans l’heure, puis programmés pour recueillir et transmettre des données sur la zone sinistrée. Les informations sont généralement disponibles « quelques heures après le déclenchement de la Charte », indique le Cnes.
Vient ensuite, à partir de ces images satellites, la production par des experts de cartes dites « à valeur ajoutée », directement exploitables par des personnes sans connaissances en imagerie spatiale. Elles permettent notamment, « grâce à des pastilles colorées ou des pictogrammes », d’identifier « très rapidement les zones inondées ou brûlées, les bâtiments détruits, les routes endommagées, les zones de rassemblement de population ».
Près de 1.000 déclenchements en vingt-cinq ans
Si le dispositif et la production de données restent activés « pendant une dizaine de jours en moyenne », « le temps de l’urgence de la crise », les informations récoltées durant cette période servent bien au-delà de celle-ci. Elles aident notamment les décideurs locaux à élaborer un plan de reconstruction des zones sinistrées. De nouvelles images satellites peuvent également être fournies pendant plusieurs mois par l’Observatoire de la reconstruction dans ce même but.
Aujourd’hui, la Charte internationale espace et catastrophes majeures a été activée 998 fois. Sa première utilisation remonte à novembre 2000, moins d’un mois après sa création, à la suite d’un glissement de terrain en Slovénie. Depuis, 146 pays en ont bénéficié, d’après les chiffres de la Charte. La France en fait partie avec 11 activations, pour des inondations, des incendies violents et un ouragan.
Notre dossier sur les catastrophes naturellesSelon le Cnes, la moitié des activations font suite à des inondations et un quart à des catastrophes en lien avec des phénomènes météorologiques (tempêtes, ouragans/typhons/cyclones, feux après sécheresse, glissements de terrain après pluies diluviennes, épisodes neigeux extrêmes, etc.). Des événements qui devraient se multiplier ou s’intensifier avec le changement climatique, faisant de l’observation de la Terre un enjeu de plus en plus crucial.



















