Don’t Nod, un autre fleuron du jeu vidéo français dans la tourmente
Crise•Le studio parisien a annoncé que 69 postes pourraient être concernés par un plan de restructuration de l’entrepriseQuentin Meunier
L'essentiel
- Don’t Nod, créateur du jeu vidéo à succès Life is Strange, annonce un plan de réorganisation qui pourrait concerner 69 emplois, environ un cinquième des effectifs de l’entreprise.
- Malgré le succès critique de ses jeux, ses deux dernières sorties n’ont pas réalisé les ventes escomptées.
- Le syndicat STJV avait déjà alerté en février sur la stratégie de Don’t Nod, affectant les conditions des salariés et le dialogue social.
Du tumulte chez Don’t Nod, l’un des créateurs de jeu vidéo français les plus connus à l’international, aux côtés d’Ubisoft. Mercredi, le studio parisien a annoncé un « plan de réorganisation » dans un communiqué de presse. Celui-ci pourrait concerner 69 emplois, environ un cinquième des effectifs de l’entreprise.
Fondé en 2008, le studio Don’t Nod s’est surtout fait connaître à partir de 2014 et de la sortie de Life is Strange, édité avec Square Enix. Ce jeu narratif, découpé en plusieurs épisodes. En novembre 2023, plus de 20 millions de personnes avaient joué au jeu, selon ses créateurs. Un succès qui a inspiré plusieurs suites et spin-off. L’entreprise avait aussi ouvert un studio à Montréal et s’était lancée dans l’édition de jeux. Malgré la nouvelle réputation de Don’t Nod et un succès critique, les deux dernières sorties du studio, Jusant et Banishers : Ghost of New Eden, n’avaient pas réalisé les ventes escomptées.
Ces déceptions commerciales ont précipité la situation de l’entreprise. De 7 millions d’euros en 2022, le chiffre d’affaires annuel de Don’t Nod est tombé à 5,4 millions en 2023. Au premier semestre 2024, il était de 1,8 million. Le projet de réorganisation vise alors à « rationaliser le nombre de lignes de production », « renforcer le rôle du comité éditorial afin de mieux répondre aux attentes du marché » et « retrouver plus d’agilité », selon les termes du communiqué.
Un plan social dans le « déni concerté »
En février, le syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo (STJV) avait déjà alerté sur la stratégie de l’entreprise, qui affectait les conditions des salariés et le dialogue social. « Dans un studio où les productions s’enchaînent dans un chaos ambiant, le temps et la vision à long terme nécessaires à la qualité de vie viennent à disparaître, entraînant davantage de stress parmi les employé·es et provoquant des situations de boreout/burnout, nous plaçant tous·tes dans l’attente de décisions prises par la direction, écrivait l’organisme. Le STJV s’inquiète des risques psychosociaux qui guettent les travailleur·euses du studio, à la vue du nombre conséquent de situations de mal-être et d’arrêts de travail qui nous sont remontés. » Dans un nouveau communiqué publié mercredi, il dénonce un plan social organisé dans le « déni concerté et organisé ».
Ce communiqué de Don’t Nod intervient dans un contexte de crise de l’emploi prolongé dans le jeu vidéo. Le site Game Industry Layoff estime à plus de 23.000 le nombre d’emplois supprimés depuis 2023. Si une partie s’explique par la fin de cycle de production et des investissements massifs enclenchés pendant la crise du Covid-19, de nombreux acteurs alertent tout de même sur les conséquences sur les personnes visées par ces suppressions de poste. Les gros studios français comme Ubisoft avaient été épargnés jusque-là, mais le vent semble tourner.



















