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« Arbres », « Noix », « Qui ? »… Comment la fachosphère trompe les algos

« Arbres », « Noix », « Qui ? »… Comment la fachosphère contourne la censure en ligne avec à un vocabulaire codé

Lexique radical•Certains mots utilisés sur les réseaux sociaux et les plateformes sont en apparence anodins. Ils cachent en réalité des idées racistes, antisémites, xénophobes
Cécile De Sèze

Cécile De Sèze

L'essentiel

  • La fachosphère utilise des noms de codes pour véhiculer ses idées racistes et antisémites sur les réseaux sociaux.
  • Des mots en apparence anodins leur permettent de passer sous les radars des algorithmes et du grand public tout en inondant la Toile de leur idéologie.
  • Ces contenus risquent de se multiplier dans un contexte électoral où l’extrême droite fait partie des favoris.

«Près des arbres et des noix, loin des arbres et des noix. » Quand la fachosphère veut exprimer en ligne des idées racistes, antisémites, anti-immigration, xénophobe, elle sait utiliser des formules codées pour échapper à la modération des algorithmes, mais aussi pour se reconnaître en passant sous les radars du grand public. Et de la loi. Une sorte de langage pour ne pas être repéré par ceux qui ne partagent pas les mêmes idées. C’est ce que l’on appelle un « dog whistle », « un signal envoyé à ceux qui le connaissent », développe sur France Info Daphné Deschamps, journaliste chez StreetPress. « Ils veulent nous museler, à nous de nous montrer plus malins », confirme un commentaire sur le site d’extrême droite Boulevard Voltaire.

Parmi ceux utilisés depuis des années par les militants d’extrême droite : « Noix », pour noirs, « arbres », pour Arabes, « qui ? » pour les juifs, ou encore la phrase « tout le monde sait » en commentaire d’un fait divers, laquelle sous-entend la culpabilité des immigrés « d’une manière plus subtile », analyse Romain Fargier, chercheur en sciences politiques au Cepel de l’université de Montpellier.

Poste publié sur TikTok reprenant les formules racistes "noix" et "arbres".
Poste publié sur TikTok reprenant les formules racistes "noix" et "arbres". - TikTok

Le « code » étant rarement détaché d’un contexte, l’injure raciste peut néanmoins être retenue par un juge « s’il découvre une allusion claire et univoque à quelque chose de radical », prévient Baptiste Buissart, avocat pénaliste et enseignant en cybercriminalité à l’université catholique de Lille.

Une promotion « plus subtile »

Le Dog whistle, c’est comme du marketing : « Quand on parle en dog whistle, le pouvoir d’évocation est très puissant, c’est comme si on caressait d’autres parties du cerveau », explique à Radio France, Illana Weizman, sociologue et autrice. Et ça fonctionne.

L’exemple du slogan « C’est Nicolas qui paye » en est une parfaite illustration. Utilisée d’abord par le streamer Bouli pour mettre en opposition l’archétype du Français blanc de 30 ans et les immigrés et retraités, l’expression s’est largement popularisée sur les réseaux sociaux et est désormais utilisée pour dire que « ce sont les blancs qui payent ». « Ça permet d’envahir les esprits et les espaces avec cette idée, c’est une forme de victoire des idées pour eux », ajoute Romain Fargier.

Des algo plus souples

Très stricts avant et pendant l’épidémie de Covid-19, les algorithmes ont pas mal évolué, surtout sur X depuis qu’il a été repris par Elon Musk (qui n’hésite pas à faire des saluts nazis). Mais aussi sur les autres plateformes des GAFAM dont les patrons se sont rapprochés de Donald Trump depuis la dernière élection américaine. Romain Fargier constate que sur YouTube, certaines personnalités bannies parviennent à revenir, par exemple en se faisant inviter pour diffuser leurs idées, à l’instar d’Alain Soral. Au point de se poser la question : « Les algorithmes sont-ils plus conciliants ? »

Et même s’ils se font « shadowban » (déréférencer par les algorithmes), la popularité de certains influenceurs est telle que la sanction « n’a qu’une faible portée. Ils ont une telle notoriété que les gens vont aller les chercher d’eux-mêmes », nuance le chercheur spécialisé.

Contourner par tous les moyens

D’autres techniques existent sur les plateformes qui proposent des lives : les streamers lancent une vidéo en direct qui va durer si longtemps, avec tellement de contenus, que même si des paroles pénalement répréhensibles sortent, « il est très difficile de les identifier dans un tel flow », note encore Romain Fargier.

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Certains influenceurs vont tenter une autre approche : appâter un large public avec du contenu moins radical. Ils renvoient ensuite, via un lien, vers un forum où les « abonnés vont pouvoir se lâcher entre eux », illustre Romain Fargier. A l’aube de la présidentielle 2027, pour laquelle l’extrême droite fait partie des favoris, ces contenus risquent d’inonder encore un peu plus la Toile. Et les termes « noix » et « arbres » pourraient bien se multiplier.