Mais qui est « Nicolas », le contribuable fictif devenu un meme pour les libertariens et une partie de la droite ?
Meme de droite•Sur X, les sympathisants de la droite libérale et libertarienne ont inventé un personnage fictif pour représenter le contribuable français : NicolasQuentin Meunier
L'essentiel
- «Nicolas » est devenu un archétype sur les réseaux sociaux, représentant le contribuable français qui paie pour tout, utilisé par la droite libérale et libertarienne pour critiquer les dépenses publiques et la fiscalité.
- Une communauté s’est formée autour de ce personnage, avec un compte X de 25.000 abonnés et un serveur Discord, promouvant des idées libertariennes.
- Ce phénomène s’inscrit dans des thématiques reprises par différentes franges de la droite, des sympathisants UDI à l’extrême droite.
Qui paie les services publics ? Qui renfloue les caisses de retraites ? Qui finance l’audiovisuel public ? Sur X, c’est toujours un certain Nicolas qui paie. Vous avez peut-être croisé ce prénom sur le réseau social ces derniers mois, alors que les débats autour du budget de l’Etat ou de la dette se poursuivent. Nicolas, c’est un archétype inventé de toutes pièces devenu, pour la droite libérale voire libertarienne, l’image du contribuable français érigé en martyr.
Un compte X, NicolasQuiPaie, rassemble 25.000 abonnés et anime cette communauté en commentant l’actualité. « Nicolas représente un travailleur actif à qui l’on ponctionne une grosse partie de ses revenus pour financer l’État, mais dont le "retour sur investissement" n’est pas valable, explique Mathieu*, qui anime la page. C’est un peu la bonne poire qui paie pour tous les autres. » Il prend l’exemple du salaire, mettant en avant la différence entre le superbrut (le coût du salaire pour l’employeur) et le net : « Nous estimons que ce n’est pas normal et tâchons de le faire savoir à travers la caricature et le partage d’informations relatives aux dépenses publiques. »
Nicolas, un personnage qui a déjà 5 ans
Avec un prénom aussi commun que « Nicolas », difficile de dater l’expression. Le meme semble issu d’un montage photo titré « Le contrat social », lequel insinue que l’argent des contribuables français de 30 ans est ponctionné par l’Etat pour financer les retraites et les aides sociales. Régulièrement partagé par des comptes d’extrême droite, il explose en popularité en décembre, à peu près à la même époque où les défenseurs de « Nicolas » se réveillent sur Twitter.
Sur le serveur Discord (d’environ 500 membres) de cette nouvelle communauté, dans les échanges consacrés à la politique, les utilisateurs se revendiquent du « national-libertarisme » ou de l'« occidentalisme ». Et se permettent parfois des réflexions qui dérivent sur d’autres thématiques de la droite et de l’extrême droite, en parlant d’immigration et d’identité.
« Il est assez normal de trouver des propos durs dans un endroit regroupant des libertariens - la liberté d’expression étant considérée comme une valeur fondamentale, explique Mathieu. Cependant, il est important de préciser que le règlement du serveur stipule que "Les contenus et actions pénalement répréhensibles sont interdits dans toute section du Discord". »
Que dire de certains éléments de la « mythologie » de Nicolas, qui jouent avec un imaginaire douteux, comme les attaques contre « Karim », archétype déjà très utilisé sur Twitter et sur le 18-25 de JVC ? « Bien entendu, ces personnages sont fictifs et caricaturaux, tente de défendre Mathieu. Tous les retraités ne sont pas riches et tous les Maghrébins et les habitants de banlieue ne sont pas des "racailles". C’est typiquement le genre de caricatures que l’on pourrait retrouver dans la série South Park ou le jeu vidéo GTA. »
« Nous ne sommes que des individus qui se retrouvent dans le meme Nicolas »
Les membres du Discord des Nicolas se partagent aussi des articles, des chiffres ou encore des modèles de memes à partager sur les réseaux sociaux, le tout donnant presque l’impression d’un mouvement militant en pleine structuration. « Dans les faits, nous n’avons absolument aucune organisation, défend Mathieu, qui préfère parler de "communauté" plutôt que de "mouvement". Nous ne sommes que des individus qui se retrouvent dans le meme Nicolas. Aucune directive n’est donnée et chacun intervient comme bon lui semble. A contrario des « gilets jaunes » ou équivalent, nous n’avons aucun représentant et je n’ai aucune ambition de le devenir. »
La cause de Nicolas est-elle récupérée politiquement ? L’expression s’est retrouvée dans la bouche du député Gérault Verny (UDR, le parti d’Eric Ciotti) ou à l’antenne de Sud Radio. « Je ne soutiens aucun parti et fais en sorte que mes publications soient transpartisanes, assure Mathieu. Cependant, force est de constater que seuls les sympathisants de droite se retrouvent dans le personnage ; la gauche semble avoir abandonné ces questions au profit d’idées économiquement liberticides et d’un cosmopolitisme débridé. »
Parmi les abonnés, on trouve des militants de Nouvelle Énergie (le parti de David Lisnard), de l’UDI, du RN de Reconquête et Identité Libertés (le mouvement de Marion Maréchal). Il cite aussi une certaine proximité idéologique avec Javier Milei, le président argentin, qui se revendique minarchiste [une forme de gouvernement avec une intervention minimale de l’Etat]. Plus largement, le compte semble s’insérer dans un réseau de comptes libertariens actifs sur X, aux côtés du parti Miléiste ou de Memes libertariens par exemple, alors que le mouvement politique semble revenir en vogue.
Un positionnement qui n’est pas isolé, car il s’inscrit dans une tendance plus large observée sur les réseaux sociaux. Pour Sébastien Caré, maître de conférences à l’université Rennes-2 et spécialiste du libertarianisme, on assiste à une convergence entre certaines formes de libertarianisme et les droites identitaires. « Elon Musk œuvre ainsi à une réorientation libertarienne de l’extrême droite, invitée à renoncer à toutes ambitions redistributives (que l’on peut par exemple trouver dans le programme du RN en France) », expliquait-il récemment dans 20 Minutes. A voir si le meme de Nicolas sera un jour repris par le patron de X.
* Le prénom a été modifié



















