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Usurpation d’identité, surveillance… Faire prendre en photo l’iris de ses yeux représente-t-il un danger ?
fake off•Lancés il y a un peu moins de cinq ans, les magasins spécialisés dans la photographie d’iris imprimées ensuite sur papier font face, depuis quelques mois, à une polémique. Certains les accusent notamment de stocker les données biométriques des yeuxEmilie Petit
L'essentiel
- «Personne ne vous avertit lorsque l’on vous photographie l’iris. Et vous allez désormais y réfléchir à deux fois. » Sur X, il y a quelques semaines, de nouveaux posts alarmants ont refait surface, pour mettre en garde : les données biométriques contenues dans les iris des clients pris en photo dans ces magasins seraient « stockées et partagées avec des sous-traitants ».
- Dans leur viseur, les boutiques Iris Galerie, également la cible d’attaques concernant l’une de ses prestations proposée l’année dernière, basée sur « l’iridologie comportementale ».
- « Notre activité est celle d’un studio de photographie artistique, ni plus ni moins », répond une représentante d’Iris Galerie à 20 Minutes. Et assure qu’il s’agit « exclusivement d’une photographie, et en aucun cas d’un scanner », et qu’en l’état, elles ne peuvent constituer des données biométriques.
C’est une tendance qui a très vite pris le chemin d’une polémique. Depuis plusieurs années, de nombreux magasins photos se sont lancés dans un marché qui semblait pourtant florissant : celui de la photographie en macro de vos iris. Une imagerie originale d’une partie de l’œil sublimée et imprimée sur papier glacé. A priori inoffensif. Sauf qu’en parallèle, le business des données biométriques a, lui aussi, fait son chemin, attisant l’inquiétude de quelques citoyens quant à la possibilité de se voir usurper leur identité.
« Personne ne vous avertit lorsque l’on vous photographie l’iris. Et vous allez désormais y réfléchir à deux fois. » Sur X, il y a quelques semaines, de nouveaux posts alarmants ont refait surface, pour mettre en garde : les données biométriques contenues dans les iris des clients pris en photo dans ces magasins seraient « stockées et partagées avec des sous-traitants ». Dans leur viseur, les boutiques Iris Galerie, également la cible d’attaques concernant l’une de ses prestations proposée l’année dernière, basée sur « l’iridologie comportementale ».
FAKE OFF
« Notre activité est celle d’un studio de photographie artistique, ni plus ni moins », répond une représentante d’Iris Galerie à 20 Minutes. Et assure qu’il s’agit « exclusivement d’une photographie, et en aucun cas d’un scanner », et qu’en l’état, elles ne peuvent constituer des données biométriques. « Les photographies que nous réalisons ne sont pas des données biométriques au sens du RGPD et du droit français, car elles ne résultent d’aucun traitement technique visant une identification unique d’une personne », nous détaille l’enseigne.
« Il s’agit de données personnelles classiques, comparables à une photographie de portrait ou de mariage. Nos photographes viennent d’ailleurs ajouter une touche artistique personnelle, des effets au cliché en collaboration avec le client visant à sublimer la photographie », précise-t-elle.
Une photo n’est pas « une capture biométrique »
« L’iris est bien considéré comme une donnée biométrique, car ses motifs complexes sont propres à chaque individu et restent stables dans le temps. Cependant, une photo haute définition d’un œil n’équivaut pas à une véritable capture biométrique » confirme à 20 Minutes Philippe Depraeter qui est à la tête de l’unité de recherche & technologie d’Idemia Public Security, entreprise spécialisée en biométrie et cryptographie. Pour faire de l’iris une donnée biométrique, il faudrait pouvoir capturer, outre une image en 2D, ses motifs.
« Les systèmes d’iris utilisent des capteurs spécifiques et un éclairage adapté pour analyser l’iris et en extraire des éléments mathématiques précis. Une photo, même très nette, ne contient pas toutes les informations nécessaires pour créer un modèle biométrique utilisable », assure le spécialiste en sécurité d’Idemia.
Impossible, donc, d’usurper l’identité de qui que ce soit sur la base d’une simple photo d’iris prise avec un appareil photo reflex standard comme ceux utilisés par Iris Galerie, et ce, même avec une lentille macrophotographique.
Une suppression des données sur demande
Quant aux données collectées lors de la photographie en boutique, les règles appliquées, par exemple, par les magasins Iris Galerie sont assez claires et répondent aux obligations en matière de protection des données. « Les photographies sources sont supprimées localement le lendemain de la prise de vue. Le fichier artistique de l’iris est, lui, conservé trois ans, conformément au RGPD », confirme Iris Galerie. Au terme des trois ans, le fichier est alors automatiquement supprimé. Et il est également possible de demander, avant cette échéance de trois ans, « la rectification ou la suppression de ses données », nous précise-t-on.
Enfin, concernant la sécurité de traitement des données qui, dans le cas de prestations plus artistiques qui nécessitent un retraitement de l’image, l’enseigne explique avoir choisi d’utiliser un cloud sécurisé : « A cette étape, les données personnelles (nom, prénom, etc.) et le fichier de l’iris retraité artistiquement sont stockés sur deux systèmes informatiques séparés ne permettant à personne de faire le lien entre les deux. La base d’iris retraitées est donc totalement anonymisée. »
Dans la controverse de « l’iridologie comportementale »
Outre les questionnements soulevés par certains sur la sécurité des données collectées par les magasins Iris Galerie, ces derniers ont également dû affronter, ces derniers mois, une seconde tempête.
En mai 2025, l’enseigne décide de lancer une nouvelle prestation. Intitulée « Iridology is the new astrology », le galeriste promet alors à ses clients « un voyage joyeux et émotionnel pour mieux comprendre votre personnalité, vos émotions et votre manière de vous connecter aux autres » grâce à l’utilisation de l’IA appliquée aux motifs de leur iris, et ce, d’après la « sagesse ancienne », vieille de 5.000 ans, des « 12 signes iridologiques ». Une pure invention qui trouve son origine dans l’iridologie, une discipline bien connue en médecine holistique, et qui date, en réalité, du XXe siècle.
Alors accusée de manipuler sa clientèle en véhiculant sciemment de fausses informations, l’enseigne s’en défend pourtant. « Cette campagne estivale, terminée depuis septembre 2025, relevait exclusivement d’une démarche marketing et artistique, destinée à animer temporairement nos galeries, explique l’enseigne à 20 Minutes. Et comme nos précédentes campagnes inspirées des univers de Disney ou d’Harry Potter, il s’agissait d’une mise en scène narrative. » La représentante des Iris Galerie reconnaît pourtant que cette dernière était « sans aucun fondement scientifique, médical ou thérapeutique ».


















