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Comment « la génération Z » organise la contestation au Népal

Discord, Bitchat… Comment « la génération Z » organise la contestation au Népal

émeutesLes réseaux sociaux servent désormais de « forum » pour évoquer l’avenir politique du pays
Hakima Bounemoura

H. B. avec AFP

C’est l’étincelle qui a conduit aux émeutes du début de semaine au Népal. Le blocage des réseaux sociaux est au cœur de la contestation qui agite le pays depuis quelques jours. Au total 26 plateformes, dont Facebook, X, Linkedin ou Youtube, avaient été interdites pour ne pas s’être enregistrées auprès de l’administration népalaise.

Pour exiger leur rétablissement, les jeunes, durement frappés par le chômage, étaient descendus lundi dans les rues du pays. La police avait alors ouvert le feu sur les manifestants, faisant au moins 51 morts. Un chaos qui a contraint le Premier ministre KP Sharma Oli à rétablir les réseaux sociaux, avant de démissionner.

#NepoKids pour dénoncer « le népotisme »

« La technologie a joué un rôle très important et presque décisif », selon le journaliste Pranaya Rana, qui affirme que tout a commencé par la publication sur les réseaux sociaux de vidéos montrant la vie luxueuse des enfants des dirigeants politiques.

Des hashtags tels que #NepoKids, dans un raccourci pour népotisme, pointaient le contraste entre le quotidien des citoyens ordinaires et la vie de rêve que les enfants de dirigeants politiques étalaient sur Instagram. Une publication les accusant de « vivre comme des millionnaires » et demandant « où va l’argent des impôts » a reçu 13.000 likes.

« NepoKids » était mentionné dans les vidéos sur Instagram, TikTok et aussi Facebook, populaire dans les régions rurales, affirme Sanjib Chaudhary, contributeur auprès de Global Voices, un réseau international de blogueurs. « Cela a alimenté la colère » qui « ne cessait de grandir depuis longtemps », explique-t-il. Le blocage des plateformes par le gouvernement était une façon de mettre fin à la propagation de #NepoKids, mais la population « l’a perçu comme une attaque à leur liberté d’expression ».

Recours massif aux VPN

Dès l’annonce du blocage des réseaux sociaux, la semaine dernière, les usagers ont tenté de recourir aux systèmes de type VPN, pour contourner l’interdit. La société suisse Proton VPN a ainsi fait état lundi d’une hausse de 6.000 % des inscriptions au Népal.

Redoutant une coupure d’Internet plus large, certains se sont également tournés vers l’application Bitchat, qui fonctionne grâce au Bluetooth, créée par le co-fondateur et ex-patron de Twitter, Jack Dorsey. « Là, quand vous en avez besoin », a écrit Jack Dorsey sur X, rapportant une publication décrivant une « hausse soudaine » des téléchargements de Bitchat lors des manifestations en Indonésie et au Népal.

« L’avenir politique du pays » sur Discord

Depuis, nombre de militants évoquent l’avenir de leur mouvement sur Discord. Quelque 145.000 personnes ont participé via cette application à de vifs débats pour désigner leurs représentants.

Pour Sanjib Chaudhary, le gouvernement « a gravement sous-estimé la puissance des médias sociaux ». En 2023, 56 % de la population était connectée, soit une hausse de 13 % en dix ans, selon la Banque mondiale.