Vers des sites Internet plus accessibles pour les personnes handicapées
COMMERCE EN LIGNE•A partir de ce samedi, les entreprises proposant des biens et services dans l’e-commerce, les transports, banques, télécommunications, audiovisuel et livres numériques devront les rendre accessibles à tousH. B. avec AFP
Vers une petite « révolution » pour les achats sur Internet pour les personnes handicapées ? En vertu d’une nouvelle réglementation, les sociétés privées proposant des services numériques (faire ses courses, réserver un billet…) vont devoir les rendre accessibles à tous, y compris aux malvoyants.
En vertu de la directive européenne European Accessibility Act (EAA) de 2019, qui entre en vigueur ce samedi en France, les entreprises proposant des biens et services dans l’e-commerce, les transports, banques, télécommunications et audiovisuel et livres numériques devront les rendre accessibles. Des délais existent toutefois pour certains services et produits afin de se mettre en règle, précise la Répression des fraudes (DGCCRF).
« On peut se retrouver bloqué si une case n’est pas correctement codée »
« Pour payer un taxi ou des courses avec une carte bancaire, acheter un billet de transport, avec les écrans tactiles de plus en plus courants, un aveugle ne sent qu’une vitre lisse, et non plus des touches. Nous sommes obligés de donner notre code confidentiel au commerçant ou à un accompagnant », explique Bruno Gendron, président de la Fédération des aveugles de France.
« Sélectionner les produits, les mettre dans un panier, choisir un créneau de livraison : à chaque étape on peut se retrouver bloqué si une case n’est pas correctement codée », confirme Manuel Pereira, chargé de l’accessibilité numérique à l’association Valentin Haüy, qui agit en faveur des 70.000 aveugles et 1,5 million de malvoyants. Le pire, dit-il, c’est le « Captcha », cette mosaïque d’images destinée à prévenir des demandes robotisées, qui demande de sélectionner par exemple des motos : impossible pour un aveugle.
Sur les 202 sites d’e-commerce passés au crible par cette fédération, quatre seulement sont « pleinement conformes aux obligations légales » d’accessibilité.
Sous-titrages, police adaptée…
Jusqu’alors, ces obligations pesaient sur les administrations et entreprises privées réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Les entreprises ayant moins de 10 salariés et réalisant moins de deux millions d’euros de chiffre d’affaires en seront exemptées.
Les sites et produits devront être adaptés à tous les handicaps : sous-titrages des vidéos pour les malentendants, langage simplifié pour les handicaps cognitifs, police de caractères adaptée aux troubles « dys »… Il faudra permettre à un déficient visuel ou un handicapé moteur de naviguer avec ses aides techniques (synthèse vocale, loupe…) ou des raccourcis clavier, et fournir une alternative textuelle aux images contenant de l’information.
« C’est un gros défi »
Une « révolution » qui va se faire par étapes, selon l’Arcom, le gendarme du numérique, car beaucoup de sites ne sont pas prêts. « C’est un gros défi. Cela va être progressif. Nous allons engager un travail de sensibilisation pour que tous les acteurs et entreprises concernés (sites des médias et livres numériques) comprennent leurs obligations et les mettent en œuvre », explique Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l’Arcom.
« Tout ne va pas changer en un jour, mais à partir de samedi les individus et les associations auront la possibilité de saisir les autorités de contrôle pour faire respecter la loi », souligne Manuel Pereira, chargé de l’accessibilité numérique à l’association Valentin Haüy.



















