La « génération Z » croit-elle davantage aux fake news que ses aînées ?
on vous ment•En s’informant majoritairement sur les réseaux sociaux, les jeunes sont plus exposés aux fake news que leurs aînés. Est-ce qu’ils y croient pour autant ?Clément François
L'essentiel
- Selon une étude de l’université de Cambridge, la génération Z (née entre 1997 et 2012) est plus sensible aux fausses informations que les personnes plus âgées. Notamment à cause des réseaux sociaux qui créent, selon Sophie Jehel, un « chaos informationnel ».
- Les jeunes sont plus enclins à croire aux théories du complot, avec « 60 % des Américains de 13 à 17 ans [qui] croient à plusieurs théories du complot, contre 49 % chez les adultes », selon l’association « Center for Countering Digital Hate ».
- Malgré cette vulnérabilité aux fake news, les jeunes sont conscients de leurs failles et adoptent une attitude de « vigilance permanente », remettant constamment en question ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux.
Si l’on vous présentait 20 articles de presse, dont la moitié a été créée de toutes pièces, seriez-vous capable de faire la différence entre les vraies et les fausses informations ? L’université de Cambridge a mis au défi plus de 66.000 personnes de 24 pays différents afin d’évaluer leur résistance aux fake news.
Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les personnes les plus âgées qui sont les plus sensibles aux fausses informations, mais bien celles de la génération Z (nées entre 1997 et 2012, qui ont aujourd’hui entre 23 et 28 ans). Pour comprendre comment des jeunes habitués aux méandres des réseaux sociaux peuvent encore croire à tout et n’importe quoi, 20 Minutes s’est entretenu avec Jon Roozenbeek, un des chercheurs en charge de l’enquête.
La Gen Z serait naïve ?
Selon lui, plusieurs facteurs peuvent expliquer la susceptibilité de jeunes aux fake news. Notamment le manque de familiarité aux formes « classiques » d’information (des articles de presse écrite ou web), là où la jeune génération à l’habitude de consommer de l’information par les réseaux sociaux et sous des formats différents (vidéos, posts Instagram ou TikTok). Pour Sophie Jehel, professeure en sciences de l’information et de la communication et spécialiste des pratiques numériques des jeunes, cette consommation de l’information spécifique crée ce qu’on appelle un « chaos informationnel » : « La grande invention des réseaux, c’est de placer sur le même plan des informations issues de médias professionnels, des informations personnelles, et des publicités. »
Un flou qui va donc jusqu’à rendre de nombreux adolescents plus conspirationnistes que leurs aînés. Selon l’association « Center for Countering Digital Hate », 60 % des Américains de 13 à 17 ans croient à plusieurs théories du complot, contre 49 % chez les adultes. Un chiffre qui monte à 69 % pour les jeunes qui passent plus de quatre heures par jour sur les réseaux sociaux. Un phénomène observé aussi par la chercheuse Sophie Jehel chez les jeunes « les plus vulnérables », une minorité qui peut être amenée notamment à douter de la véracité des vaccins.
Des jeunes conscients de leurs failles
Pourtant, les jeunes continuent de s’informer via des réseaux plus « traditionnels » selon la chercheuse, comme la télévision ou les discussions avec leur famille et amis. « On voit que jusqu’à l’âge de 15-16 ans, la télévision reste le média dans lequel ils ont le plus confiance. Dans le doute, ils vont souvent aller vérifier une information à la télévision. »
Le doute, c’est ce qui guide les pratiques numériques des jeunes, dixit selon Sophie Jehel. Avec sept comptes différents en moyenne (TikTok, Facebook, Instagram, X…), ils sont dans ce qu’elle appelle un état de « vigilance permanente ». Ces jeunes ne font pas confiance à ce qu’ils voient et le remettent constamment en cause. Un point important soulevé aussi par les chercheurs de l’université de Cambridge : « Nous avons découvert que la génération Z était celle qui était la plus réaliste sur sa sensibilité aux fake news », explique Jon Roozenbeek.
Notre dossier Fake OffContrairement aux personnes plus âgées et/ou d’extrême droite, qui pensent (à tort) être insensibles aux fausses informations, les plus jeunes doutent d’eux-mêmes et de ce qu’ils lisent. Faut-il laisser à la génération Z le bénéfice du doute ? Pour Sophie Jehel, « insister constamment sur le fait que les jeunes croient aux fake news, ça suscite chez eux encore plus d’incertitude, et ça renforce ce sentiment de flou. »



















