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Revenge porn, pédopornographie… Plongée dans l’horreur d'un serveur Discord

« Sexy Bunny », le serveur Discord où cohabitent revenge porn, pédopornographie et masturbation

MalsainPlus de 900 personnes alimentaient ce serveur avec des photos et des vidéos volées de membres de leur famille, de leurs ex ou de femmes inconnues
Xavier Regnier

X.R.

«Ma sœur dort, je suis dans ça (sic) chambre, qui veut la voir dormir en cam et vous vous branler (sic). » Ce genre de message, c’était le quotidien sur le serveur Discord « Sexy Bunny », fermé par la plateforme le 14 février suite à une enquête de Numerama. Sur ce forum, créé à l’automne 2023, plus de 900 personnes s’échangeaient des photos dénudées de leurs proches, des vidéos prises à la volée et du contenu de revenge porn, tout en incitant à se masturber.

Pendant plusieurs mois, les messages ont pullulé : « qui pour jerktrib ma pute de meuf […] je vous recompenserai (sic) en scred d’elle » ; « est-ce possible de caresser l’espoir d’en voir plus de ta sœur ? » ; « qui pour trib une petite mineure de 14 ans ? ». Jusqu’à être repérés par une personne bénévole qui faisait de la modération et qui a alerté Discord le 9 janvier 2024. Sans succès. Elle s’est alors rapprochée de la rédaction de Numerama, qui a fait son enquête et interpellé à son tour Discord.

Hydre de Lerne

Les noms des salons, comme « ex » ou « famille » accompagné d’un logo « interdit aux moins de 18 ans », ne laissaient guère de doute quant à leur contenu, pas plus que celui dédié aux photos volées sur Vinted. Ce qui faisait la particularité de « Sexy Bunny », c’était surtout les salons dédiés aux « tribs », autrement dit aux preuves que les utilisateurs s’étaient masturbés devant les photos et vidéos envoyées par les autres membres. Certains se prenaient en vidéo, d’autres publiaient une photo imprimée dégoulinante de sperme.

Pire, le serveur accueillait une catégorie entière dédiée aux mineures, autrement dit, de la pédopornographie. Devant l’avalanche de contenus illégaux hébergés sur le serveur, difficile de comprendre comment Discord a pu autant laisser faire après le premier signalement. Les membres ayant partagé diverses photos prises sans le consentement des personnes s’exposent à une condamnation judiciaire, allant jusqu’à 2 ans de prison et 60.000 euros d’amende dans le cas du revenge porn. Et jusqu’à 7 ans de prison et 100.000 euros d’amende pour ceux ayant partagé « des photos à caractère pédopornographique incitant les utilisateurs à se masturber dessus », selon une avocate interrogée par Numerama.

La responsabilité de la plateforme elle-même pourrait être engagée. Mais « Sexy Bunny » n’est qu’une tête de l’hydre de Lerne que représentent les serveurs dédiés au revenge porn, aux contenus sexuels illicites ou à la pédopornographie. En 2022, Maghla et d’autres streameuses avaient dénoncé et documenté l’existence d’un serveur dédié aux deepfakes pornographiques de créatrices de contenus sur Internet. Une forme de harcèlement qui perdure.