Yves Guillemot: «Chez Ubisoft, on apprend en faisant»

Propos recueillis par Philippe Berry et Joël Métreau

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Yves Guillemot, président d'Ubisoft.
Yves Guillemot, président d'Ubisoft. — Ubisoft

Cette année, on a l’impression qu’Ubisoft est venu à l’E3 avec l’intention de «casser la baraque »: nouvelle franchise «Watch Dogs», le blockbuster «Assassin’s Creed 3», l’annonce d’un «Splinter Cell» et huit jeux en développement pour la Wii U...

L’idée, c’était de venir à l’E3 pour montrer qu’Ubisoft avait de la créativité et des marques fortes qui pouvaient s’exprimer. La Wii U permet de relancer des marques et de donner aux créateurs la possibilité d’essayer de nouvelles choses. Il n’y avait pas une intention de «casser la baraque», mais d’arriver sur l’ensemble des segments qui étaient proposés, avec quelque chose de bien et d’adapté.

Vos rapports avec Nintendo semblent s’être renforcés, non?

C’est une vieille histoire. On a déjà beaucoup travaillé ensemble sur la Wii. On était les premiers à les avoir soutenus, quasiment les seuls à l’époque. Ils étaient dans une période où beaucoup ne croyaient plus en Nintendo. On avait pu de cette façon se rapprocher et faire des choses ensemble. Après, on a fait les «Just Dance» ensemble. Ils nous ont aidés à le «marketer» partout.

Comment un grand groupe de jeu vidéo peut-il conserver une part de créativité et ne pas se cantonner à «faire des suites»?

On croit que l’industrie va se développer en ayant régulièrement de l’innovation. Même si la pression est forte, on a toujours dans l’ADN de la société l’objectif de créer des choses différentes qui vont permettre de se démarquer. C’est plutôt pour faire avancer l’industrie et permettre à celle-ci de continuer à grandir, puisqu’il y a pas mal de concurrence partout. A chaque fois qu’on lance un produit, on se demande comment il va permettre à la société de se différencier de ce qui existe.

Le lancement de «Watch Dogs» représente-t-il un gros risque, sachant que les consoles PS3 et Xbox 360 sont en fin de génération?

Le jeu est aussi sur PC. Et il y a un travail pour créer la marque sur le long terme.

A être présent sur tous les segments, du jeu de danse «Just Dance 4» au jeu d’action «Splinter Cell», l’identité d’Ubisoft ne risque-t-elle pas de se diluer?

Chaque métier doit être appris. Ce n’est pas facile. Il est important pour nous d’être sur les supports émergents, de savoir comment ils fonctionnent et donc comment l’ensemble de nos métiers doit évoluer. Les systèmes de free-to-play par exemple vont avoir une influence sur les jeux sur console un jour. Je ne dis pas qu’on va devenir free-to-play… Mais le fait de tenir le joueur longtemps, de faire en sorte qu’il ait envie de revenir avec ses amis, qu’il y ait des mises à jour régulières sur les jeux, c’est quelque chose qu’on a besoin d’apprendre pour bien faire sur les consoles. C’est pour ça qu’on s’oblige à aller dans ces environnements. De cette façon, on apprend en faisant. Avant on était surtout consoles. Le marché a changé, et là on a pris une meilleure couverture pour suivre son évolution.

Cela veut dire une présence renforcée sur les jeux dits «mobiles»?

Ce sont surtout différents types de machines pour nous, que ça s’appelle mobile ou pas. Ce qui compte, c’est de regarder la puissance de la machine et ce qu’elle est capable d’apporter. Quand on fait du free-to-play, on va sur toutes les machines qui le supportent. Qu’importe si ce sont des tablettes ou des PC.

Ainsi,  l’iPad pour le jeu «Watch Dog», avec la dynamique que cela apporte, est-ce que c’est quelque chose qui est simplement un compagnon de jeu ou qui a un impact sur le gameplay?

L’idée c’est d’utiliser toutes les machines qui existent pour permettre au consommateur d’intervenir dans le jeu. Du coup, d’utiliser plus de possibilités que simplement avec un pad.

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