Fibre optique: La france dévoile sa feuille de route et veut drainer l'investissement

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Le gouvernement a donné ce mercredi les grandes lignes du développement de la fibre optique en France sur les dix prochaines années, combinant initiatives privées et publiques, la couverture des zones reculées étant un enjeu important pour le développement du territoire. Devant la hauteur des investissements demandés aux différents acteurs, l'Etat doit jongler entre les opérateurs privés et les collectivités locales pour tenter d'atteindre son objectif très optimiste d'une couverture de 100% du territoire en 2025.

Il a donc détaillé mercredi une partie de son plan: la ventilation de deux milliards d'euros d'aides prévus dans le cadre du grand emprunt. Il a dévoilé la carte du déploiement de la fibre optique sur les dix prochaines années par six opérateurs privés: France Télécom, SFR, Iliad, Covage, Alsatis et une société de projet à créer, Ezyla. Ces opérateurs se sont engagé à raccorder d'ici 10 ans plus de 3.400 communes regroupant, avec les 148 communes constituant les zones très denses, près de 57% des ménages.

Aux alentours de dix milliards d'euros pour les 10 ans qui viennent

Un milliard d'euros est donc dédié à des prêts aux opérateurs privés pour renforcer leur capacité d'investissement. Ces prêts pourront couvrir jusqu'à 50% du montant des investissements éligibles. «Les opérateurs nous disent que pour atteindre leur objectif de couverture, on est aux alentours de six milliards (d'euros). Entre les collectivités et (l'Etat), nous rajoutons quatre milliards. On est aujourd'hui aux alentours de dix milliards sur la table», pour les 10 ans qui viennent, a souligné le commissaire général à l'Investissement, René Ricol.

«Le gouvernement sera vigilant quant au respect de ces engagements», a déclaré le ministre chargé de l'Économie numérique, Eric Besson, qui a rappelé que théoriquement, «l’équipement de la France en fibre optique représente un chantier de 25 milliards d’euros, qui va s’étaler sur une quinzaine d’années». Mais le gouvernement s'inquiète également de ne pas laisser s'installer une «fracture numérique», pour les 43% de ménages restants.

Une enveloppe de 900 millions sera donc consacrée aux projets de déploiement des collectivités territoriales pour soutenir les réseaux d'initiative publique venant compléter les déploiements d'initiatives privées. Les subventions pourraient aller de 33% à 45% selon l'importance des zones rurales dans chacun des départements, a souligné le ministre de l'Agriculture et de l'Aménagement du Territoire, Bruno Le Maire.

Un taux de pénétration d'environ 8%, contre une moyenne de 17,7% en Europe

Enfin, un soutien de 40 millions d'euros en 2011, pouvant être étendu à 100 millions, est prévu pour des travaux de recherche sur les satellites dédiés à l'accès très haut débit à Internet, pour les zones peu accessibles comme les régions montagneuses. Mais, le véritable enjeu n'est pas la couverture selon Roland Montagne, expert à l'Institut de l'audiovisuel et des télécoms en Europe (Idate), qui souligne que sur près de 6 millions de foyers raccordables en France fin 2010, il n'y avait que 469.000 abonnés, soit un taux de pénétration d'environ 8%, contre une moyenne de 17,7% en Europe.

«Il faudrait d'abord séduire les clients des zones couvertes», estime-t-il. «En ville, où les opérateurs déploient massivement, les utilisateurs ne sont pas très enclins à s'abonner à la fibre, parce qu’ils ont un très bon ADSL (réseau cuivre, ndlr), alors qu'en zone rurale, où de nombreux services physiques ne sont pas accessibles, les gens sont prêts à souscrire tout de suite», réplique toutefois Jérôme Coutant, membre du l'Arcep, dans un entretien à La Tribune. Pour lui, «l’équation économique pour les investissements tant privés que publics est donc meilleure qu’il n’y paraît dans les zones moins denses», et pourrait constituer «une stratégie gagnante».