Ventilateurs, brume et sécurité maximale… On a visité le plus grand de data center de France
Reportage•À La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, l’entreprise Digital Realty exploite le plus grand data center de France. « 20 Minutes » a visité ces coulisses du cloud où chaleur, bruit et mégawatts font tourner une partie d’InternetQuentin Meunier
L'essentiel
- Digital Realty exploite à La Courneuve le plus grand campus de data centers de France, qui accueille des serveurs pour des banques, des assurances, des administrations et des ministères.
- La puissance du site atteint 20 MW mais pourrait grimper jusqu’à 100 MW, soit l’équivalent d’une ville de plus de 100.000 habitants. Le refroidissement représente un cinquième de la consommation électrique.
- Ces énormes projets s’inscrivent dans un projet de la France tente de rattraper son retard dans ce secteur, alors que Paris se hisse au cinquième rang des plus grands hubs informatiques mondiaux.
A deux pas de l’autoroute A86 et des voies ferrées, le voisinage ne paie pas de mine. A La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, d’anciens terrains d’Eurocopter ont laissé place à un bâtiment circulaire intriguant. C’est ici que l’entreprise américaine Digital Realty exploite aujourd’hui le plus grand campus de data centers de France. Un site discret mais stratégique. Derrière ces façades sobres se cache une partie de l’infrastructure qui fait tourner Internet en France : banques, assurances, cabinets d’avocats, entreprises de cybersécurité ou encore administrations et ministères.
Au troisième étage se cache l’un des cœurs stratégiques de la machine. Les couloirs qui quadrillent les 40.000 m2 sont silencieux, presque cliniques. Lorsque la porte s’ouvre sur une salle de serveurs, la température grimpe d’un coup, autour de 30 °C. Le bruit des ventilations est assourdissant. On se croirait sur le tarmac d’un aéroport un jour de vacances d’été, si ce n’est que le soleil a été remplacé par une rangée de néons.
Grosse chaleur et soufflerie
Pour accéder à l’une de ces salles, il faut franchir plusieurs contrôles. Depuis la rue, le parcours compte jusqu’à sept niveaux de sécurité : badges, sas, contrôles d’accès et même, pour certains clients, des capteurs biométriques. Face à nous, des rangées de « baies informatiques » s’alignent sur des dizaines de mètres. Sous le plancher circule l’air froid qui remonte devant les serveurs, dans des couloirs confinés.
Les machines aspirent cet air pour se refroidir avant de rejeter de l’air chaud à l’arrière qui circule jusqu’à un groupe de refroidissement, situé sur la terrasse technique. « Globalement, le refroidissement fonctionne comme le moteur d’un réfrigérateur », résume François Coquio, le dirigeant français de l’entreprise. Ce ballet thermique est l’un des enjeux majeurs des data centers : maintenir des milliers de serveurs en fonctionnement sans surchauffe.
La consommation électrique d’une ville moyenne
Sur le toit, la terrasse technique donne un aperçu de l’envers du décor. D’immenses groupes électrogènes attendent en cas de microcoupure du réseau électrique. Les serveurs, très sensibles aux variations d’alimentation, doivent fonctionner sans interruption. Lorsque la température extérieure dépasse 30 °C, c’est aussi là qu’un système de refroidissement complémentaire entre en jeu : de la brume d’eau est pulvérisée sur une fine maille de carton, favorisant l’échange thermique. « C’est toujours un arbitrage entre consommation d’électricité et consommation d’eau, précise le dirigeant. L’eau, c’est le dernier recours pendant les périodes très chaudes. »
Les data centers sont dimensionnés selon la puissance électrique qu’ils peuvent fournir aux équipements informatiques. Sur ce campus, la capacité installée atteint aujourd’hui environ 20 mégawatts (MW), mais pourrait théoriquement grimper jusqu’à 100 MW. Soit l’équivalent d’une ville de plus de 100.000 habitants. Le « gros froid », c’est-à-dire les systèmes de refroidissement, représente environ 20 % de la consommation électrique du site.
Course aux data centers
Si les data centers se multiplient aujourd’hui, c’est aussi parce que la France tente de rattraper son retard. « Entre l’annonce d’un projet et l’ouverture, il faut quatre à quatre ans et demi en Europe », rappelle Fabrice Coquio. Début 2025, Emmanuel Macron avait annoncé une enveloppe de 109 milliards d’euros dans des infrastructures informatiques, dont des data centers en France. Et si la France investit autant, c’est que la data s’annonce comme un enjeu stratégique du 21e siècle. « La souveraineté, c’est d’abord un actif physique sur le territoire », résume Fabrice Coquio. Autrement dit : pour l’entreprise américaine, peu importe l’origine du fonds d’investissement, ce qui compte est que les données soient hébergées sur un sol et dans une infrastructure contrôlable.
Dans tout ça, pourquoi avoir choisi la Courneuve ? Contrairement aux câbles ou aux infrastructures invisibles du numérique, les centres doivent être implantés là où se trouvent les utilisateurs. « On les place là où il y a de la surconsommation, explique le président de Digital Realty France. On ne peut pas les construire au milieu de la pampa. Il faut de la place et un raccordement électrique. » Dans cette compétition mondiale, la région parisienne est devenue un nœud majeur du réseau. Paris s’est hissé au cinquième rang du classement des plus grands hubs au monde, et Marseille, point d’arrivée de nombreux câbles sous-marins reliant l’Europe à l’Afrique et à l’Asie, à la sixième place.



















