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Une IA française veut « réveiller » vos chers disparus en clonant leur voix

Intelligence artificielle : Une start-up française promet de « réveiller » les morts en clonant leur voix

IN MEMOR (IA) MCet été, une start-up française lancera sa solution pour enregistrer les souvenirs audio de nos aînés… puis cloner leur voix lorsqu’ils ne seront plus là
Christophe Séfrin

Christophe Séfrin

L'essentiel

  • La start-up française HER devrait lancer mi-août une solution pour collecter et transmettre la mémoire de nos aînés.
  • « HER-mémories », c’est son nom, permettra ainsi d’enregistrer vocalement les souvenirs d’un être cher de son vivant… puis d’en cloner la voix pour discuter avec lui lorsqu’il sera décédé.
  • L’IA se chargera évidemment de ce clonage qui intrigue et soulève déjà d’innombrables questions : éthiques, philosophiques et religieuses.

Parler avec une personne disparue, comme si elle se trouvait à nos côtés, évoquer avec elle ses souvenirs, maintenir le lien vocal à travers des discussions dans lesquelles la voix de nos chers disparus sera reproduite à l’identique… C’est ce que promet la start-up française HER. Dès mi-août, son service de « double numérique » rendu possible par l’intelligence artificielle risque de faire du bruit. Fake news ? Non, selon son créateur, il s’agit d’un projet visiblement déjà très avancé, qui fascine autant qu’il peut faire peur, voire susciter l’hostilité, et sur lequel 20 Minutes vous dit ce qu’il faut déjà savoir.

Quand la science-fiction devient réalité

Un nom en guise de clin d’œil : HER (pour Human Enhanced Relation). Her, c’est le titre du film de Spike Jonze (Oscar du meilleur scénario en 2013), dans lequel Joaquin Phoenix, alias Theodore Twombly, développe une relation amoureuse avec « Elle », Samantha, une intelligence artificielle qui va prendre toute la place dans sa vie. On croyait alors à de la science-fiction, mais 12 ans après, on y est. Ou presque. « Ça va très, très vite, c’est impressionnant. Nous n’en sommes pas encore exactement là, mais la technologie va le permettre de toute façon », explique à 20 Minutes Mattéo Boso, le fondateur de HER.

Des vocaux originaux et clonés

Avec Memories, service lancé mi-août (actuellement en bêta-test auprès de 50 personnes), HER veut « transmettre de génération en génération la mémoire de nos proches », explique Mattéo Boso. Comment ? En enregistrant aujourd’hui la voix de nos aînés. Puis en la restituant… lorsqu’ils auront disparu. Deux options possibles pour cette transmission : soit sous forme d’enregistrements audio, hébergés dans un cloud français. Soit sous forme de « double digital », grâce à l’intelligence artificielle.

Certains se souviennent peut-être de l’émission Hôtel du temps diffusée en 2022, dans laquelle Thierry Ardisson avait réalisé des interviews de clones de Dalida, Coluche et de Jean Gabin. Avec Memories de HER, pas de deepfake pour reconstituer le visage d’une personne disparue, mais un véritable clonage de sa voix. Comment cela fonctionne-t-il ?

Une interview en 200 questions et plus, si affinités

Les enregistrements s’effectuent à l’aide d’un boîtier connecté, sorte de galet truffé d’électronique avec lequel la personne dont on souhaite recueillir la mémoire va interagir.

Ainsi, ce petit compagnon possède en réserve une batterie d’environ 200 questions auxquelles papy ou mamy vont pouvoir répondre de leur vivant. « C’est la base », explique Mattéo Boso. Il faudrait selon lui 3 à 4 heures pour réaliser cette interview, avec des questions allant de « Quelles étaient tes passions à 6 ans, 10 ans, 20 ans… », à « Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui » ? « Cela permet de collecter des souvenirs précis, mais aussi de capter la personnalité, avec des réponses au jour le jour », explique le fondateur de HER.

Le boîtier HER-memories, pour collecter et restituer la mémoire vocale.
Le boîtier HER-memories, pour collecter et restituer la mémoire vocale. - HER

Le boîtier peut donc ne pas être remisé au placard en attendant que papy ou mamy passe de vie à trépas, mais devenir, aussi, pour eux, un compagnon IA au quotidien.

La transmission des souvenirs

Et après la mort ? Le galet (ou l’interface en ligne HER) permettra à chacun d’écouter à la demande les souvenirs enregistrés du défunt. Mais aussi, grâce au travail de l’IA, de discuter avec lui. Alors, « comment vas-tu mamy aujourd’hui » ?

Oui, ce type de question pourra être posée, alors que mamy est six pieds sous terre ! Mattéo Boso (qui ne veut pas préciser sur quelle IA il entraîne ses modèles), assure tout mettre en œuvre pour « éviter toute forme de dérapage ». Evidemment, plus la personne enregistrée aura discuté avec le petit galet, mieux l’IA sera à même de fournir des réponses personnalisées. Authentiques ?

Le boîtier HER-memories propose une série de 200 questions pour collecter la mémoire de nos aînés.
Le boîtier HER-memories propose une série de 200 questions pour collecter la mémoire de nos aînés. - HER

Du coup, si l’on demande à mamy ce qu’elle pense des annonces récentes de François Bayrou sur le budget, alors quelle ne s’est jamais exprimée sur le sujet, son clone vocal répondra qu’il « ne sait pas ». « On évitera les débordements ou les choses qui ne seraient pas logiques », promet Mattéo Boso, désireux que son projet fasse d’abord sens sur la transmission des souvenirs d’un défunt.

Jouer aux apprentis sorciers ?

Alors, HER va-t-elle jouer aux apprentis sorciers ? « Il faut être intègre, cadrer les choses, et rester le plus proche possible de celle qui était la personne dont on souhaite entretenir et questionner la mémoire. Ce sera une reproduction de la réalité, et en aucun cas une personne », martèle Mattéo Boso auprès de 20 Minutes. Le fondateur de HER reconnaît tout de même qu’il existe avec son projet « un terrain qui peut s’avérer compliqué ». Un terrain glissant, à n’en point douter : celui des émotions, forcément.

Souvenirs enregistrés d'un aîné disparu et/ou voix clonée: HER-mémories proposera deux solutions.
Souvenirs enregistrés d'un aîné disparu et/ou voix clonée: HER-mémories proposera deux solutions. - HER

Car comment ne pas déjà entrevoir les dérives que pourrait occasionner un tel système ? Comment ne pas imaginer voir, outre des petits enfants questionner une grand-mère qu’ils n’ont peut-être pas connue (ce qui, après-tout, peut avoir quelques vertus mémorielles), un ancien conjoint, désormais veuf, poursuivre une relation virtuelle avec un boîtier remplaçant la personne disparue ? Tous les scénarios peuvent être envisagés. Celui du meilleur, comme celui du pire. Black Mirror n’est plus très loin…

Des questions éthiques et philosophiques

« Oui, ça va faire débat », reconnaît Mattéo Boso, qui assure qu’il effectuera les mises en garde nécessaires auprès de ses futurs clients. Lesquels pourront acheter le boîtier HER-mémories moyennant 75 euros et souscrire à deux abonnements distincts. Le premier, à 4,50 euros/mois, permettra d’enregistrer en audio sans limite de durée les souvenirs d’une personne (enregistrements qui pourront être téléchargés si l’on souhaite mettre un terme à son abonnement). Le second, à 19,99 euros/mois, offrira en plus le clonage de la voix.

En attendant, HER-memories (comme d’autres développements à marche forcée autour de certains usages de l’intelligence artificielle) interpelle et questionne avec des problématiques éthiques, philosophiques, ou religieuses. Quid du consentement ? D’éventuels détournements ? De notre rapport au deuil et à la mémoire ? D’une éventuelle dépendance émotionnelle ? Et pour quel encadrement légal ?

Des questions qu’il semble aujourd’hui plus urgent que jamais de poser.