« Démocratiser la vérification de l’information est notre mission », explique le cofondateur de l’IA « Vera »
fact-CHECKING•Une ONG lance « Vera », une IA capable de debunker les fake news par téléphone, sur WhatsApp et InstagramChristophe Séfrin
L'essentiel
- L’ONG LaReponse. tech vient de lancer Vera, une IA générative dont la vocation est de vérifier les faits qu’on lui soumet.
- Accessible vocalement et gratuitement par téléphone, ou via WhatsApp et Instagram, Vera appuie ses réponses sur 350 sources fiables.
- Outre le service rendu, cette IA veut aussi développer auprès du public et notamment des jeunes le réflexe de la vérification d’information pour « debunker » les fake news.
Qui vivra… Vera ! Vera, c’est le nom d’une IA spécialisé dans le fact-checking, la vérification d’informations. Lancée par l’ONG LaReponse. tech, cette intelligence artificielle générative s’est donné pour mission de lutter contre la désinformation. Comment ? Grâce à un réseau de 350 sources fiables (dont 20 Minutes Fake Off), dans plus de cent pays, qui permet de vérifier sur demande la véracité d’une information.
Originalité : Vera (qui veut dire « vraie » ou « véritable » en latin) ne possède pas d’application, mais un numéro de téléphone que l’on peut interroger à la voix, des comptes WhatsApp et désormais Instagram* pour lui transmettre nos questions. Le cofondateur de Vera, Florian Gauthier, 35 ans, explique à 20 Minutes comment Vera debunke les fake news.
Qui est à l’origine de Vera ?
Nous sommes une ONG, LaReponse. tech. Derrière Vera, il y a quinze bénévoles issus du monde de la technologie pour l’intérêt général. Ce sont des gens très engagés qui donnent de leur temps. Parmi nous se trouvent aussi des experts comme Maurice Ronai, cofondateur de Courrier International. Et nous disposons d’un comité d’experts, spécialistes de la lutte contre les fake news. Notre vision est de démocratiser la vérification d’informations, de créer un réflexe. Nous ne sommes pas un média. On aide les gens à accéder aux ressources.
Quels sont les moyens mis en place ?
Le parti pris de Vera, c’est la fiabilité, l’accessibilité gratuite, et le fait que l’on soit une ONG. Le but est d’être au plus proche des usages. Avec un accès par téléphone, par WhatsApp et désormais Instagram*, on casse la barrière technologique, notamment auprès des séniors qui, sur un simple appel, peuvent obtenir gratuitement une réponse vocale à leurs demandes. Il suffit de demander (ou d’écrire sur WhatsApp) : « Est-il vrai que… » pour savoir si quelque chose est exact ou non.
Quelles sont les sources que Vera utilise pour vérifier les informations ?
D’abord, les sources de fact-checking, comme AFP Fact Check, 20 Minutes Fake-off, CheckNews de Libération… Nous en agrégeons une centaine dans quatre-vingts pays. Et nous interrogeons ensuite 300 grands médias de référence. On se repose notamment sur Journalism Trust Initiative qui est porté par Reporters sans frontières. Toutes ces sources sont accessibles en ligne. Et l’on en ajoute régulièrement de nouvelles.
Vera ne fait pas de fact-checking, mais met à disposition du grand public le contenu qui a été créé par des professionnels de la vérification de faits. Une chose nous distingue aussi des autres IA génératives : lorsque Vera n’a pas l’info, elle le dit : « je n’ai pas trouvé l’information ». Soit l’info est présente dans des sources hyper fiables que l’on a sélectionnées, soit nous n’avons pas l’info.
Techniquement, sur quelle IA générative s’appuie Vera ?
On utilise ChatGPT 4.0 d’OpenAI, sachant que l’utilisation que l’on en fait est différente de celle d’autres services : nous n’utilisons pas la connaissance interne de ChatGPT, nous lui imposons les sources !
Par ailleurs, ChatGPT est un outil extrêmement puissant, notamment pour comprendre les questions mal formulées, mais aussi très fort en dialogue, une notion extrêmement importante dans le fact-checking. En revanche, nous ne sommes pas particulièrement attachés à cette IA. Nous serions ravis d’utiliser Mistral, par exemple, si l’occasion s’y prêtait.
Est-ce que Vera peut analyser des images ?
Pas encore. Vera ne dira jamais « je détecte qu’il y a six doigts sur la photo de cette personne, qui est donc un fake ». En revanche, Vera pourra interpréter une image, faire de la recherche sur « image/pape/doudoune blanche », et conclure après vérification qu’elle est fausse.
En attendant, notre priorité est davantage de pouvoir extraire des informations de posts sur les réseaux sociaux. Comme sur Instagram, où l’on trouve des photos ou des vidéos avec des informations imprimées dessus. Vera va pouvoir extraire le texte et le vérifier.
De quoi vit Vera ?
Juste avant son lancement en décembre 2024, on a gagné 5.000 euros à un hackathon organisé par deux ONG pour lutter contre la désinformation en période électorale, notamment à destination des jeunes. C’est peu, mais il ne faut pas oublier que l’on est tous des bénévoles.
À titre perso, nous avons donné 7.000 euros. Cela permet de payer les coûts fixes de Vera et notamment celui des serveurs. Notre but est de nous faire financer par des fondations philanthropes, ou pourquoi pas, par des entreprises privées, mais sans nouer de partenariat avec elles. L’ADN de Vera reste d’être un service gratuit, neutre et impartial.
Notre rubrique «Fake Off»Comment démocratiser le fact-checking auprès des jeunes ?
C’est un véritable enjeu, la désinformation étant un problème systémique. Nous créons à leur attention des contenus sur Instagram. Des influenceurs intéressés par notre démarche vont nous aider à faire connaître Vera et à les inciter à la tester au moins une fois. On sait qu’ensuite, ils y reviendront. Quand nous aurons suffisamment développé Vera sur Instagram, on ira sur TikTok, sur Snapchat et sur X, qui est forcément dans notre ligne de mire. Il y a du boulot…
Enfin, nous constatons que depuis le lancement de Vera, les profs sont séduits ! Au collège ou au lycée, beaucoup sont tombés dingues de Vera qu’ils présentent à leurs élèves, et utilisent dans leurs cours d’éducation aux médias.
L’omniprésence de l’IA vous inquiète-t-elle ?
Son utilisation à des fins malveillantes, oui. La désinformation en est un excellent exemple, alors que les régulations ont du mal à suivre.
Ce qui fait peur aussi, c’est l’impact environnemental. Aujourd’hui, on se rend compte que Vera est plus « écolo » que des recherches Google pour vérifier des informations. Vera ne va pas visiter les sites pour faire ses recherches. Elle relaie des données accessibles publiquement. De la même façon, les réponses vocales de Vera sont très courtes, contrairement à celles de ChatGPT qui peuvent être longues. Résultat, une question posée à Vera est moins énergivore qu’une recherche Google ou ChatGPT.
Aujourd’hui, il faut convaincre tout le monde qu’une image ne suffit plus à apporter une preuve de quoi que ce soit. C’est fou, mais on change de paradigme ! Une éducation est à faire. Elle est lente, mais tellement urgente.
* au 09 74 99 12 95 et via askvera_org.



















