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Les réseaux sociaux sont-ils de gauche?

Les réseaux sociaux sont-ils de gauche?

INTERNETPeut-on affilier les usagers de Twitter, Facebook ou Myspace à un parti?
Sandrine Cochard

Sandrine Cochard

Benoist Apparu en est convaincu. Twitter est «plus à gauche» que Facebook. Le secrétaire d’Etat au Logement «constate qu’il est l’objet de plus d’attaques sur le premier que sur le second», souligne L’Express dans son édition de jeudi dernier. Cette observation se vérifie-t-elle? 20minutes.fr a interrogé deux spécialistes.

Culture de gauche

«Il existe une sociologie des réseaux, qui sont davantage utilisés par des jeunes, explique le consultant Bernard Girard, auteur d'un livre sur Google. Donc, si on estime que les jeunes sont de gauche, les réseaux sont perçus comme tel. Idem si l'on estime qu’ils sont de droite.» Selon lui, les réseaux n’ont pas de couleur politique. En revanche, les profils d’utilisateurs diffèrent selon ces sites. «Facebook est plus bourgeois que Myspace. C’est un univers plus clean, plus formel et plus élégant, assure encore Bernard Girard. Quant à Twitter, il s’agit surtout d’un outil de promotion.»

L’impression de Benoist Apparu n’est toutefois pas infondée, estime Benoît Thieulin, directeur de l’agence spécialisée dans le Web social La Netscouade (qui a notamment créé la «Coopol», le réseau social lancé par le PS en janvier dernier). «Facebook tend à devenir un outil généraliste alors que Twitter est encore peu utilisé, notamment en France. Du coup, la présence des militants s’y voit plus», analyse-t-il. Les militants de gauche ont-ils davantage investi le Web que ceux de droite? «La culture politique de gauche, à la tradition militante forte, trouve une résonance dans les réseaux sociaux, qui permettent justement d’organiser ce militantisme, estime encore Benoît Thieulin. Ce ne sont pas Facebook ou Twitter qui sont de gauche ou de droite, c’est la culture politique de chaque parti qui influence leur utilisation.»

Electeurs potentiels

De là à attribuer à chacun un parti, il y a un fossé. La preuve: la levée de boucliers suscitée par l’arrivée de Frédéric Lefebvre sur Twitter n’avait rien à voir avec son étiquette politique, selon Benoît Thieulin. «Il n’a pas été saqué parce qu’il était un élu UMP mais pour ses propos sur le Net, rappelle-t-il. Des personnalités de droite, comme Nathalie Kosciusko-Morizet par exemple, se sont fait leur place sur Twitter ou Facebook sans problème.» Sur les réseaux sociaux, la légitimité numérique prime donc sur la couleur de son parti.

Et les politiques français sont de plus en plus nombreux à investir Twitter et Facebook. Une façon de servir leurs intérêts personnels (lire l'encadré) mais aussi d’être en contact avec le vivier de citoyens, donc d’électeurs potentiels, présents sur ces sites. L’UMP et le PS ont d’ailleurs chacun lancé leur propre réseau social, baptisé respectivement les «Les créateurs de possible» et la «Coopol». «Ils sont complémentaires avec les réseaux existants. D’un côté, on va chercher les électeurs sur Facebook et Twitter, de l’autre on organise la mobilisation des militants sur les réseaux des partis, estime Benoît Thieulin. Internet facilite et accélère la gestion d’une campagne dans les sections.»

Si la «Coopol» revendique 122.000 visiteurs uniques et 20.000 inscrits depuis son ouverture du site, «Les créateurs de possible» ne compte que 7.300 inscrits selon l'UMP. Une nouvelle confirmation que le Net est mieux utilisé par les militants de gauche?

POLYPHONIE

Twitter, Facebook, blogs persos… Les politiques sont de plus en plus nombreux à se préoccuper de leur vie numérique et multiplient les canaux. Cette prolifération est un danger pour les partis, selon Bernard Girard. «Les blogs favorisent la division car ils permettent à l’élu de réagir parfois avant son parti. Il y a là une polyphonie, explique-t-il. Internet favorise également les ambitions personnelles. Les jeunes loups peuvent exister plus facilement sur le Net.»