Le côté sombre des pratiques publicitaires du social gaming

MARKETING Ou comment faire des profits avec des jeux gratuits et des méthodes discutables...

Philippe Berry

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Quelques uns des jeux sociaux les plus populaires
Quelques uns des jeux sociaux les plus populaires — DR
De notre correspondant à Los Angeles
 
Mike Arrington, de TechCrunch, est en croisade. Depuis début novembre, le gourou de l'actualité de la Silicon Valley s'attaque à Zynga, le leader du social gaming à qui l'on doit les succès Farmville et Mafia Wars sur Facebook. La raison? De nombreuses publicités présentes dans ses jeux flirtent avec l'arnaque.
 
Dimanche, Facebook a bloqué Fishville, la dernière application de Zynga, au motif qu'elle «violait» la charte publicitaire du réseau social. Zynga, qui passe par des partenaires pour gérer ses publicités, a reconnu que «du ménage devait être fait». Lundi, l'entreprise a annoncé suspendre jusqu'à nouvel ordre «toutes les offres» présentes à l'intérieur de ses jeux. Le temps de faire le tri.
 
Zone grise
 
Dans un jeu comme Farmville, le joueur peut par exemple acheter avec de la vraie monnaie (via une carte bancaire ou un compte PayPal) un tracteur afin de faire pousser ses plantations plus vite. Rien de choquant ici: la pratique est courante depuis Second Life.
 
Pour gagner des points, l'apprenti fermier peut cliquer sur une annonce pour une offre d'essai à un produit ou un service (Netflix, une assurance, une solution de blanchiment des dents etc). En général, il s'agit d'une période gratuite nécessitant cependant de donner son numéro de carte bleue. Pour les grands partenaires, pas souci. En revanche, les moins scrupuleux débitent parfois automatiquement le client, qui, par exemple, n'a pas retourné le produit comme spécifié en tout petit dans les conditions d'utilisation. Selon les pays, ces pratiques sont dans une zone grise de la loi.
 
Donner son numéro de téléphone suffit à souscrire un service
 
Mais le point le plus polémique est de loin ces études et tests de QI bidon. Après quelques questions, l'internaute est invité à donner son numéro de téléphone. S'il entre le code reçu par SMS, il souscrit –souvent sans vraiment le réaliser– un service qui peut lui être facturé 10 ou 20 dollars par mois (par exemple pour recevoir des conseils par SMS). Time Magazine fait état de parents fort surpris lorsque la facture de téléphone de leur ado est arrivée, avec des opérateurs refusant d'annuler le service tiers.
 
Facebook a sa part de responsabilité dans l'affaire. En étant laxiste dans la gestion des applications sur son réseau, le site permet à de nombreux acteurs d'accéder aux données personnelles des utilisateurs. Ils peuvent ensuite réaliser des pubs ciblées et personnalisées, maquillées en contenus légitimes (de type «Tom, l'un de des amis à un faible pour toi, clique-ici pour savoir qui» ou «Jessica a un QI de 130, peux-tu la battre). Avec la suspension de Fishville, il semble cependant que la croisade de Mike Arrington commence à porter ses fruits.
 
>> Pour en savoir davantage sur ces pratiques, lire les passionnantes confessions du repenti Jerry Yu «Comment spammer Facebook comme un pro».