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Comment Hadopi change la donne en matière de VOD

Comment Hadopi change la donne en matière de VOD

TELEVISIONLa loi permet aux chaînes de proposer des films plus rapidement après leur sortie au cinéma…
Sandrine Cochard

Sandrine Cochard

La nouvelle chronologie des médias va-t-elle faire le bonheur de la télévision de rattrapage et la VOD? La loi Hadopi, dont le dernier volet a été adopté mardi, a en effet impulsé un accord qui permet aux chaînes de proposer des films plus rapidement après leur sortie au cinéma: quatre mois au lieu de six pour les DVD, quatre mois au lieu de sept pour la vidéo à la demande (VOD).


Lutte contre le piratage


Cette nouvelle donne est bien sûr applaudie par les chaînes qui proposent des sites de vidéos à la demande VOD. Pour Canal +, l’accord, signé en juillet dernier sous l’égide du Centre national du cinéma (CNC), «jette les bases d’un développement harmonieux de l’offre légale de cinéma tant en vidéo, qu’en vidéo à la demande et en télévision».


«L’ère numérique nous amène à aller plus vite vers le consommateur, a expliqué à 20minutes.fr Pascal Lechevallier, directeur de TF1 vision. Ce nouveau délai de quatre mois nous permet d’étoffer notre offre plus rapidement mais nous avons encore besoin de trouver des solutions pour lutter contre le piratage.» Car les chaînes de VOD, que ce soit à la télévision ou sur Internet, restent cantonnées à une attente encore trop longue. La seule dérogation que pourra demander le secteur concerne les films qui ont «réalisé moins de 200 entrées au cours de leur 4e semaine d'exploitation en salles», précise l’accord. Et encore, la clause indique que le délai sera abaissé de quatre à trois mois. L’accord du CNC ne permet donc pas aux chaînes de VOD d’aller aussi vite que le temps réel du Web, donc du piratage.


Temps réel


Un problème que n’ont pas les chaînes de catch up (télévision de rattrapage). Celles-ci proposent de revoir sur Internet les programmes d’une chaîne jusqu’à sept jours après sa diffusion sur le petit écran. «Ce n’est pas le seul outil de lutte contre le piratage mais offrir gratuitement un programme en bonne qualité contribue évidemment à limiter les téléchargements illégaux», assure Valéry Gerfaud, directeur général de M6 Web, interrogé par 20minutes.fr. Selon lui, la différence est nette «entre l’édition 2008 de La Nouvelle Star et celle de 2009: le nombre de vidéos mises en ligne sur les sites de partage de vidéo a chuté». D’après lui, c’est parce que la chaîne propose des vidéos de l’émission sur un site dédié et les met en ligne sur la plateforme vidéo du groupe, Wideo, sur laquelle les vidéos sont impossibles à télécharger.


L’offre en temps réel ou quasi réel semblerait donc avoir un effet dissuasif sur les téléchargements illégaux? Les chaînes de VOD, en tout cas, privilégient cette voie, notamment pour les séries. Depuis septembre 2007, TF1 propose sur son site TF1 Vision les épisodes d’Heroes, Dr House ou encore Lost dès le lendemain de leur diffusion aux Etats-Unis. «Notre concurrent, c’est la piraterie pas le CD ou le DVD», reprend Pascal Lechevallier. Canal + propose cette offre depuis octobre 2008. «Les abonnés à l'offre "avant-première" du Cube peuvent même découvrir nos séries en simultané de leur diffusion américaine», indique-t-on à Canal +.


Pour se faire une place, les deux chaînes pratiquent une politique de prix qu’elle juge juste. «Les prix vont de 0,49 euro pour une animation, 1,99 euro pour un épisode de série à 4,99 euros pour un film», ajoute le directeur de TF1 Vision. Ces prix concernent la location des programmes, pour une durée de 30 jours. La politique de prix est sensiblement la même sur Canalplay, où les prix varient de 1,99 euro pour un épisode de série et certains films et à 4,99 euros pour les longs-métrages les plus récents. Car selon Canal +, «plus on peut proposer une offre complète et de qualité, plus on lutte contre le piratage.»

Modèle économique


M6, elle, tâtonne encore. «Nous avons proposé la série Californication le lendemain de sa diffusion américaine et on ne s’interdit pas de le refaire pour d’autres programmes mais cela reste un modèle économique compliqué en France, souligne Valéry Gerfaud. Nous préférons nous focaliser d’abord sur M6 Replay (l’offre de catch up de M6, ndlr).» La chaîne, qui a fermé son site de VOD M6 Vidéo, a d’ailleurs lancé le même système de rattrapage pour sa filiale W9, à la rentrée. Selon lui, ce modèle économique, basée sur la publicité, est plus facile à mettre en place que celui de la VOD. «Notre objectif était d’atteindre l’équilibre au bout de trois ans, nous serons en avance en l’atteignant dès la fin de l’année», dit Valéry Gerfaud. De son côté, Arte a complètement repensé son site de catch up, Arte + 7, dont la nouvelle version est disponible depuis mardi.


Les chiffres révélés mardi dernier par Médiamétrie semblent leur donner raison: l’étude souligne que «près de 10,4 millions de personnes regardent ne serait ce que de temps en temps la télévision de rattrapage». Pas de quoi convaincre les chaînes d’enterrer la VOD pour autant. Ainsi Canal + revendique 15 millions de commandes sur son site de VOD depuis sa mise en ligne, à l'automne 2005.


«Les fondamentaux, le déploiement et le modèle économique de la VOD vont se parfaire avec le temps», analyse Pascal Lechevallier qui concède que le talon d’Achille de ce segment reste le piratage. Mais le directeur de TF1 vision a bon espoir. «Aujourd’hui, la société a intégré l’idée que pirater, c’est voler. Et on ne peut pas laisser une société se déployer autour d’un concept qui préconise le vol.» Pas sûr que tout le monde partage leur avis: les anti-Hadopi, eux, parlent d’échange.